‹ Les forêts intérieures du Canada [microforme]Chapitre 25 sur 38 · RE · texte numérisé non relu

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Si nous pouvions supposer que le Canada ait été le théâtre des réunions des esprits aériens, nous assurerions que ces gracieuse: fougères étaient très-propres à abriter la cour féerique d’Oberon et de Titania.

Quand cette fougère commence à sortir de terre, on la distingue à peine parmi les troncs moisis des pins abattus; elle est alors d’un brun rouge clair; et elle est curieusement frisée. En mai et juin les feuilles s’ouvrent , et prennent bientôt une délicate teinte de vert; elles sont presque transparentes; les bestiaux sont très-friands de cette fougère.

La fleur appelée mocassin ou pantoufle de Notre-Dame (remarquez l'étrange ressemblance qui se trouve entre les noms des espèces de l’Amérique et de l’Angleterre) (1), est une de nos fleurs les plus remarquables, tant par sa beauté que par la singularité de sa structure. Nos plaines et nos pâturages, bien exposées au soleil, en produisent plusieurs variétés, entre autres, le cypripedium prubescens, ou mocassin jaune, et le C. arietinum, qui sont les plus belles de cette espèce. La couleur de la lèvre de la première est jaune serin, moucheté de cramoisi. Les pétales supérieurs sont au nombre de quatre, deux courts et deux longs. Pour la structure et la couleur, ils ressemblent à quelques-uns des narcisses ; les plus courts se tiennent droits comme deux oreilles ; les deux pétales latéraux sont trois fois aussi longs que les premiers, très-étroits et élégamment tournés comme les cornes en spirale du bélier de Valachie : en soulevant une espèce de lèvre épaisse, jaune et charnue, qui se trouve au milieu de la fleur , on aperçoit exactement la face d’un chien indien, ses yeux, son nez, etsa bouche ; au-dessous est un sac ouvert, resserré légèrement à l'ouverture, ce qui lui donne une apparence creuse et gonflée ; le dedans de ce sac est délicatement moucheté de rouge ou de noir : la tige de la fleur est épaisse vers L hautet prend sa direction de côté ; les feuilles présentent un large ovale, etsontun peu ‘ filées et côtelées ; la plante n’a guère plus desix pouces; la couleur brillante et la nature. vyeuse de la lèvre de dessous ou sac, rendent cette fleur beaucoup plus belle, selon n », que la variété violette et blanche, quoique cette dernière soit beaucoup plus remart. iable à cause de la dimension de la fleur et des feuilles, et à cause du contraste que pr'.ventent le blanc et le rouge, ou le blanc et le violet.

La structure de cette dernière espèce ressemble à l’autre, avec cette seule différence, que les cornes ne sont pas tournées, et que la face est celle d’un singe; l'expression comique de l’animal y est même retracée avec une si admirable fidélité, qu’on ne peut s'empêcher de sourire en voyant ce drôle de visage mobile, avec ses yeux noirs, ronds et bombés, qui percent sous l'enveloppe.

Ces plantes appartiennent à la classe et à l’ordre gynandria diandria; elles sont décrites à peu près comme je viens de le faire, par Pursh, qui, cependant, compare le visage de la dernière à celle d’un mouton. Si un mouton a servi de modèle, je pense que ce devait être le plus mutin du troupeau.

Il y a une curieuse plante aquatique qui croît dans les eaux basses, stagnantes ou d’un cours fort lent; elle contient un plein verre d’eau. Un pauvre soldat m'en apporta une, et me dit qu’elle ressemblait à une plante d'Égypte, que les soldats appelaient « la

*oupe du soldat ; et j'y ai bu, m’a-t-il dit, plus d’un bon verre d’eau pure ».

(1; Cette ressemblance sc retrouve encore en français : on appelle cette fleur soulier ou sabot de Notre-Dame,

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Un monsieur qui connaissait ma prédilection pour les plantes curieuses, m’apporta une autre variété de celle dont je viens de parler; il la nommait fort à propos « plante à cruche »; elle appartient très-probablement à la famille qui porte ce nom.

Les fleurs qui donnent les parfums les plus prononcés sont nos roses sauvages, qui possèdent une délicieuse odeur : la tifhymale, qui répand une odeur assez semblable à celle de la giroflée de nuit; la monarda violette, qui n’est qu’un parfum depuis la racine jusqu’à la fleur, même après qu’elle est restée plusieurs mois exposée au froid ; les feuilles séchées et les bourses qui contiennent les semences, sentent si bon qu’elles communiquent leur parfum aux mains et aux habits. Toutes nos menthes sont trèsparfumées : le muguet est remarquable par son odeur, ainsi que ma reine des lacs et son compagnon , le roi des eaux, et bien d’autres fleurs que je ne puis nommer ici. Il est certain que parmi un aussi vaste assemblage de fleurs , il en est, comparativement, très-peu qui soient douées d’odeurs agréables. Quelques arbres de nos forêts ont un riche parfum. Je me suis souvent arrêtée dans mes promenades, pour respirer l’odeur d’un marais de cèdres par un beau jour, lorsque les rameaux étaient encore humides de la rosée d’un orage récent.

Le peuplier balsamique, ou facamahac, n’est pas moins odoriférant, surtout lorsque les boutons d’où découle la gomme commencent à s'ouvrir ; c’est un arbre élégant et beau quand il a de l’espace pour étendre ses branches. Il vient principalement sur . les rives des lacs, dans les marais découverts ; mais il est aussi l’un des ornements de nos plaines, par son écorce argentée et son feuillage ondulant ; il produit une gomme claire et résineuse qui forme sur l’écorce des globules transparentes, et les boutons sont couverts d’un fluide gommeux très-aromatique.

Nos herbes sont très-jatéressantes; il y en a des variétés qui me sont entièrement nouvelles. Lorsqu’elles sont desséchées, elles forment les ornements les plus élégants de nos cheminées, et elles seraient très-gracieuses sur la tête d’une dame; mais les sectateurs de la mode préfèrent toujours l’art à la nature.

Une ou deux espèces d'herbes que j'ai recueillies ressemblent beaucoup, en miniature, au blé indien; elles sont de même surmontées d’un plumet et portent un épi à huit faces, sur lesquelles de petites graines sont régulièrement disposées. Le sisyrinchium, ou herbe aux yeux bleus, est une petite fleur d’un bleu d'azur, avec des mouches d’or à la base de chaque pétale ; les feuilles en sont plates, roides et semblables à un drapeau; cette jolie fleur vient par touffes sur les terrains légers et sablonneux.

Je vous ai donné la description des fleurs les plus dignes d'attention, et quoique je ne me sois pas probablement toujours servi du langage rigoureux de la botanique, j'ai au moins donné la peinture exacte de ce que j'avais sous les yeux.

Mon cher petit garçon paraît déjà avoir pour les fleurs un goût que j'encouragerai autant que possible. C’est une étude qui tend à policer et à purifier l'esprit, et qui, par des degrés bien humbles, peut élever en quelque sorte jusqu’au ciel le cœur d’un enfant, en lui apprenant à se tourner avec amour et admiration vers ce Dieu bienfaisant qui a créé et fait des fleurs si belles pour orner et féconder cette terre.

Adieu, chère sœur.

LETTRE QUINZIÈNME.

RÉCAPITULATION DE DIVERS SUJETS. —PROGRÈS DE L'ÉTABLISSEMENT. — LE CANADA , TERRE DE L'ESPÉRANCE, = UNE VISITE A LA FAMILLE D'UN OFFICIER DE MARINE. — ÉCUREUILS. — VISITE CHEZ UN MINISTRE ÉMIGRANT, ET SON HISTOIRE. — PREMIÈRES DIFFICULTÉS QU’IL LUI FAUT VAINCRE. — LE CARACTÈRE , LES DISPOSITIONS ET LES HABITUDES DES ÉMIGRANTS SONT LES CAUSES QUI ASSURENT LEUR SUCCÈS OU LEUR

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