CHAPITRE IV
FORME PARAPLÉGIQUE
Cette forme de l’infection tétanique se localisant à deux membres symétriques a surtout été étudiée par Demontmerot dans sa thèse inaugurale en 1904. Mais certains cas rapportés par cet auteur ne rentrent pas dans le cadre des tétanos partiels car après une première localisation éphémère aux 2 membres inférieurs sont survenus du trismus et de la raideur de la nuque et du tronc. Il s’agissait là de tétanos classique à début paraplégique.
Il faut savoir aussi qu’il peut exister des formes hybrides pour ainsi dire, intermédiaires entre le type monoplégique et le type paraplégique. L’un des types ne s’installe que pendant peu de jours pour disparaître ensuite sans laisser de traces. L’observation de Pozzi est la première de cette variété clinique qui ait été publiée. Il s’agissait d’un tétanos localisé à type monoplégique prédominant avec pendant quelques jours atteinte du membre inférieur opposé réalisant durant ce laps de temps le type paraplégique.
Quoiqu’il en soit la forme paraplégique du tétanos localisé peut revêtir deux aspects cliniques suivant que la localisation porte sur les membres supérieurs ou les membres inférieurs. Ce sont : 1° La forme paraplégique supérieure; 2“ La forme paraplégique inférieure.
Symptomatologie.
Les signes du début, qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre forme, sont identiques à ceux qu’on observe dans le tétanos monoplégique. Nous renvoyons à ce propos anx modifications locales et générales que nous avons signalées au chapitre précédent.
11 faut se rappeler aussi que c’est surtout la forme tardive que l’on rencontre dans cette variété ; l’incubation ayant presque toujours une durée longue, io jours, 5 semaines et davantage.
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a) Variété paraplégique inférieure. — Le type paraplégique inférieur est de beaucoup le plus fréquent. Les membres inférieurs sont le siège de secousses convulsives d’une fréquence inouïe et exagérée encore par la moindre émotion, la plus petite secousse, le plus léger choc.
Ala période d’état, on observe de véritables crises rémittentes. L’attitude des membres a été bien décrite par Demontmerot. Les membres, dit-il, sont en extension forcée, le pied fortement abaissé, le cou-de-pied faisant saillie, la pointe des orteils le plus souvent dirigée en dedans. Dans son ensemble le pied rappelle assez exactement l’attitude du varus équin.
Les muscles du mollet sont étendus au maximum donnant à la palpation une sensation de corde extrêmement dure et consistante. La jambe elle-même est étendue au maximum sur la cuisse, la rotule fortement immobilisée, la cuisse enfin est en extension sur le bassin.
La plupart du temps la contracture envahit les muscles abdominaux Mérieurs tout au moins, si bien que le ventre offre une paroi résistante et ligneuse. Nous avons vu malgré l’importance que Bérard et Lumière ont voulu lui reconnaître, la valeur pronostic qu’il fallait attacher à ce signe à propos de la forme monoplégique. Aucun effort ne parvient à faire récupérer aux divers segments du membre les mouvements de flexion. Mais il est très facile de soulever d’une pièce par les orteils le membre inféi’ieur tout entier figé en extension.
Cette rigidité musculaire s’accentue très rapidement si bien que même en dehors de toute crise convulsive, après la dispar rition de ces crises mêmes, les membres inférieurs sont frappés d’impotence absolue.
Lorsque cette forme est pure, laissant au sujet le libre exercice de ses membres supériem’s, de ses articulations vertébrales supérieures, de ses muscles de la face, elle donne au malade un aspect tout caractéristique.
11 semble que la moitié inférieure du corps ait été subitement transformée en une masse inerte et que l’on ait ainsi devant les yeux un de ces êtres fantastiques et mythologiques créés par l’imagination orientale dont la moitié supérieure mobile et vivante offre un frappant contraste avec la moitié inférieure immobile et comme pétrifiée.
b) Variété paraplégique supérieure. — Dans ce type paraplégique supérieur dont il n’existe qu’un cas (Demontmerot), les bras, les avant-bras, les poignets et les mains étaient en flexion forcée. Les phalanges étaient recourbées sur la paume de la main, le pouce introduit entre la phalange de l’index et fortement comprimé par elle; la main déformée se trouvait violemment attirée par la flexion du carpe sur l’avant-bras; ce dernier raidi et les téguments soulevés par la corde tendineuse des fléchisseurs faisait avec le bras un angle très aigu; enfin le bras lui-même était étroitement appliqué au thorax.
Cette position portée à l’extrême en état de crise persistait bientôt en dehors de tout accès comme dans la forme inférieure et ne permettait aucun usage des membres.
Dans les 2 types l’éclosion des crises éveille dans les membres atteints de vives sensations douloureuses.
Les réflexes restent normaux; Demontmerot n’a jamais noté ni trépidation spinale, ni exagération des réflexes. La sensibilité est normale.
Enfin les signes généraux sont peu marqués, il n’existe qu’une légère élévation thermique, la température oscille entre 57“ et 38" et celle-ci disparaît bien vite dès la crise terminée. Cette athermie relative constitue d’ailleurs un signe de plus comme nous le verrons en faveur de l’allure bénigne de la maladie.
L’état général reste bon; il faut seulement mentionner les sueurs abondantes et aussi l’absence d’aucun trouble spécial à l’examen des divers appareils.
Tel est, un peu schématique il est vrai, l’aspect généralement offert par le malade dans le tétanos localisé à forme paraplégique. Cependant bien rarement le tableau est aussi pur. Nous avons signalé au début l’entrée en scène inopinée de contractures généralisées et, à ce propos, nous placerons pour mémoire à côté du tétanos vraiment localisé deux formes du tétanos généralisé que les auteurs ont confondu avec les formes partielles.
Tantôt les contractures généralisées viennent masquer par moments la localisation paraplégique initiale; c’est comme nous l’avons appelée « la forme du tétanos classique à déM parapl^que. »
TSâtôt au contraire le tétanos offre un début absolument normal, avec trismus, opisthotonos, osthostotonos, fièvre, et c’est
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seulement dans la suite que l’affection revêt plus spécialement une forme de plus en plus nettement paraplégique. A côté du tétanos classique paraplégique d’emblée, il faut donc envisager un tétanos généralisé à évo lution parapl égique, c’est la forme paraplégiÿM secondaire.
En étudiant l’évolution de ces formes partielles paraplégiques, nous verrons bientôt qu’elle est semblable à celle de la forme monoplégique, c’est-à-dire très longue, et qu’on peut distinguer 4 périodes évolutives. Nous dirons enfin que le pronostic est favorable.
Diagnostic.
Quand il s’agit surtout d’une forme tardive, ce qui est le cas habituel, l’absence totale de commémoratifs peut faire pendant quelques jours hésiter le diagnostic.
11 sera toujours facile d’écarter, après examen attentif et complet du système nerveux, les paraplégies relevant de lésions périphériques et radiculaires, de lésions médullaires ou cérébrales.
Trois affections surtout, par leur symptomatologie initiale très semblable, simulent assez exactement le tétanos localisé paraplégique. Ce sont d’une part la tétanie et la paraplégie hystérique; d’autre part la méningite cérébro-spinale.
Nous n’insisterons pas sur le diagnostic différentiel de la tétanie et de Vhystérie signalé à propos de la forme monoplégique.
Reste la méningite cérébro-spinale dont le diagnostic est relativement facile. 11 suffit de se souvenir que les spasmes sont vîtes remplacés par des paralysies, qu’il y a de la céphalée intense, de la photophobie, des vomissements et des douleurs rachidiennes à la pression. Le laboratoire fournit d’ailleurs par l’étude chimique et cytologique du liquide céphalo-rachidien des renseignements précis.
Dans la méningite cérébro-spinale la ponction lombaire, que Ton doit toujours pratiquer dès qu’il y a le moindre doute sur la possibilité d’une réaction méningée, donne issue à un liquide trouble, parfois franchement purulent, avec augmentation de Talbumine, réaction polynucléaire et présence de méningocoques.
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