OBSERVATION II
L..., âgé de vingt-neuf ans, manœuvre, entre à l'hôpital le 23 mai 1920 pour diarrhée accompagnée de douleurs sourdes à la base droite du thorax.
Ge malade ajourné au début de la guerre pour faiblesse générale, fut récupéré en février 1916, et affecté à un arsenal où il trévailla à la fabrication des explosifs. Il ne fut jamais envoyé au front, ni aux colonies.
En février 1919, il est pris au cours d’une permission, chez lui à Lyon, brusquement de troubles digestifs intenses : douleurs abdominales, nausées, diarrhée abondante avec exsudats muqueux et parfois même muco-sanglants. Ces troubles diarrhéiques persistent pendant trois mois, durant lesquels il est traité pour entérite, avec des sels de Bismuth et un régime alimentaire.
À aucun moment l’on ne fit d'examen microscopique des
pre
selles pour rechercher les amibes ou autres parasites intestinaux.
En tous cas il ne reçoit pas d’émétine, le diagnostic de dyssenterie amibienne n'ayant pas été discuté.
L'état du malade s'améliore cependant grâce au régime et aux sels de Bismuth. il est démobilisé, reprend son travail, présentantseulementdetemps en temps des crises de diarrhée avec un peu de pesanteur dans la région du foie.
En mai 1920 les troubles digestifs reparaissent peu à peu; ce sont des selles diarrhéiques assez nombreuses : 5 à 6 par vingt-quatre heures, des douleurs abdominales intenses sur-
tout marquées dans la région hépatique. Le malade se décide
alors à entrer à l'hôpital.
Lorsque nousle voyons pour la première fois, nous cons-
‘tatons que la palpation de l'abdomen est nettement doulou-
reuse dans la fosse iliaque gauche et le long du colon descendant et transverse, ainsi que dans la région du foje.
Celui-ci est légèrement augmenté de volume, dépassant les fausses côtes d'environ deux travers de doigt.
En outre l’étude méthodique des réactions douloureuses nous permet de constater l'existence de points phréniques des plus nets à droite : point sterno-mastoïdien, points le long du bord du sternum, point xyphoïdien.
L'examen des poumons nous montre l'existence d’une réaction pleuro-pulmonaire atténuée mais nette néanmoins à la base droite : légère submatité, diminution de la respiration.
A l'écran l’incursion du diaphragme est limitée de ce côté, et le cul-de-sac costo-diaphragmatique est légèrement voilé.
Les selles de notre malade sont abondantes, diarrhéiques
et DEN avec exsudatmuqueux,glaireux ;leurfréquenceestmoyenne: 6 à 8 par jour. Le
Nous faisons prendre à notre malade 20 grammes de sulfate de soude deux jours de suite et après un lavement iodoioduré, ainsi que la préconisé Mauté, nous pratiquons la recherche des amibes ou de leurs kystes dans les selles.
L'examen est positif : nous constatons la présence de nombreuses amibes que leur taille, les inclusions cellulaires et leurs caractères morphologiques nous permettent de reconnaître comme entamoæla tetragena.
Ajoutons que notre malade était complètement apyrétique, que l’examen du sang montrait une leucocytose voisine dela normale (8.000 leucocytes) et une polynucléose un peu élevée (710/o)enfin que tous les autres appareils étaient in-
demmes.
Nous portons alors le diagnostic de dysenterie amibienne
à forme larvée, accompagnée d’hépatite chronique.
Notre malade est mis immédiatement au traitement émétino-arsenical; il reçoit sept piqûres de o gr. 04 de chlorhydrate d’émétine intercalées avec deux injections de o gr. 20 de novarsénobenzol.
En dix jours nous voyons le nombre des selles diminuer et tomber à une ou deux par jour, en même temps que les douleurs hépatiques disparaissent et que la matité du foie dimi-
nue.
En somme notre malade était porteur d’une dysenterie amibienne antochtone, contractée à Lyon én 1918, à forme larvée se traduisant seulement par quelques troubles diarhéiques sans caractères précis,
faits assez fréquents dans nos climats sur lesquels a insisté très justement Charpin.
Cette dysenterie s’est très rapidement accompagnée d’hépatite amibienne chronique ainsi que le témoignent les douleurs hépatiques dont le malade se plaint depuis un an. Cette hépatite ne semble avoir eu aucune tendance à la suppuration, mais a présenté quelques poussées et c’est au cours de l’une d’elles que nous avons eu l’occasion de voir notre malade.
Ces formes d’hépalite amibienne chronique sans tendance à la suppuration ont été bien décrites par MM. Paisseau et Hutinel qui ont créé ainsi un véritable type clinique.
Ils attribuent une certaine importance dans la Symptomatologie de cette affection aux réactions de périhépatite qui, bien souvent, dominent la scène : la névralgie phrénique avec ses points douloureux, la réaction pleuro-pulmonaire de la base droite que nous avons trouvés chez notre malade.
Enfin ces auteurs ontinsisté également sur l’action rapide et véritablement merveilleuse du traitement émétino-arsenical sur ces formes d’hépatite amibienne. |
Nous avons pu constater cet heureux effet dans notre observation.