‹ Les formes de l'aire de projection du cœur pathologiqueChapitre 6 sur 18 · LEURS RESULTATS · texte numérisé non relu

LEURS RESULTATS

Aussitôt après leur découverte1, les rayons X furent utilisés par les médecins et les chirurgiens dans le but d'éclairer leur diagnostic. Très rapidement les méthodes d'examen se multiplièrent et se perfectionnèrent. Nous n'entrerons pas dans l'étude de leur historique, cela nous entraînerait trop loin, car il y a plus de cent procédés décrits. Le lecteur pourra trouver tout au long les principaux dans le Truite de radiologie du professeur Bouchard "2.

La découverte de Rœntgen donna naissance à deux modes d'exploration, la radioscopie et la radiographie. Au début dans l'un et l'autre procédé le sujet à étudier était interposé entre l'écran ou la plaque sensible et l'ampoule. On obtenait ainsi une projection conique, c'est-à-dire une image agrandie et déformée.

Jusqu'à ce jour la radiographie n'a pas donné de résultats bien intéressants en ce qui concerne l'examen du cœur. La raison en est très simple ; le cœur est un

1 Décembre 1895.

2 Traité de radiologie médicale, publié sous la direction de Ch. Bouchard, Paris, Steinheil, 1904, in-8 1100 pages.

organe essentiellement mobile ainsi que le thorax. Pour avoir une épreuve nette il faudrait faire de la radiographie instantanée ; or une bonne épreuve du thorax demande quelques minutes de pose. Le procédé est donc inappliquable jusqu'à nouvel ordre. Pour tourner la difficulté, M. Guilleminot a inventé la ciné matoradiographie. A l'aide de ses ingénieux appareils, il dissocie les phases de la respiration ou de la révolulion cardiaque et ne laisse agir les rayons X que pen dant l'une ou l'autre de ces périodes. A l'aide de cet artifice il a pu enregistrer les mouvements d'ampliation de l'oreillette droite isochrones avec les mouvements respiratoires, phénomène que le professeur Bouchard avait observé à l'écran fluorescent.

Un autre reproche à faire à la radioscopie du cœur, c'est la déformation des images obtenues et la très grande difficulté de leur interprétation. MM. Variot et Chicotot ont proposé une échelle de réduction et de redressement basée sur des recherches d'amphithéâtre. Mais cette méthode est sujette à de telles méprises, que pratiquement, elle est inutilisable.

Frappés de ces inconvénients, les radiologues cherchèrent à obtenir des radiographies stéréoscopiques du thorax. Les résultats obtenus ont été très satisfaisants et les images donnaient l'illusion des organes dans l'espace, chacun à leur plan. Cette méthode fut indiquée pour la première fois par Imbert et Bertin-Sans en 1896, puis utilisée par Destot, Bérard, Bemy, Gontremoulins, Marie et Bibaut. Mais nous pouvons formuler contre cette méthode les mêmes reproches que pour la simple radiographie.

Le principe de la stéréoscopie a été également appliqué à la radioscopie. La question fut particulièrement étudiée par MM. Destot et Sauve, Roulliés, Lacroix, Guilloz. Cette méthode extrêmement ingénieuse donne des impressions cérébrales très précises, mais elle a le grave défaut de ne pas être graphique.

Parallèlement à ces recherches, d'autres auteurs portèrent leur attention sur les méthodes à employer en radioscopie pour obtenir des graphiques en vraie grandeur. MM. Guilleminoi, Bouchard et Beclère ont fait dans ce sens de 1res intéressantes recherches, mais par des procédés trop complexes et, par suite, peu pratiques eu clinique.

Le professeur Moritz et le professeur Grummach sont les premiers qui déterminèrent une forme d'in strument facile à utiliser en clinique. Leurs appareils reposent sur les deux principes suivants : la connaissance du rayon normal, la solidarité de l'ampoule avec récran. La mobilité, par rapport au sujet, du système portant l'ampoule et l'écran rend l'instrument des plus pratiques. Les orthodiagraphes sont construits de façon à ce que l'on puisse déplacer le rayon normal dans tous les sens et toujours parallèlement à lui-même. Ainsi, tout objet interposé entre l'ampoule et l'écran dont on aura suivi le contour avec le ravon normal sera dessiné en vraie grandeur sur l'écran perpendiculaire à ce rayon.

M. Destot s'est appliqué à perfectionner l'orthodiagraphe. Il a fait construire un appareil qui réunit toutes les conditions dont on peut avoir besoin pour examiner toute sorte de malade ou (l'affection. La description de

cet instrument a été donnée dans la thèse de Grognard; nous nous contenterons de rappeler les principaux points de cet appareil.

u L'orthodiagraphe de M. Destot repose sur le même principe que tous les orthodiagra plies, c'est-à-dire que l'ampoule et l'écran inscripteur, rendus solidaires et accordés, se déplacent simultanément dans le plan d'inscription, grâce à un double système de suspension qui lui permet d'exécuter dans les mouvements dans la hauteur et la largeur. »

A cela, M. Destot à ajouté : *

« i° Un système permettant d'élever et d'abaisser le tout suivant les tailles des sujets, instantanément et dans l'obscurité.

« 2° Un système permettant de prendre toutes les positions inclinées, depuis l'horizontale jusqu'à la verticale, si bien que le sujet peut être debout, assis ou couché.

« 3° Une série de diaphragmes concentriques qui servent: i° à régler l'appareil; i° à analyser les ombres perçues.

« L'ampoule est montée sur son support qui a deux vis de rappel. On centre d'abord grossièrement l'anticathode de façon à l'apercevoir à travers le plus petit diaphragme. On met en marche. On voit une petite plage claire sur le petit écran inscripteur et par les deux vis on amène le centre de cette plage en coïncidence exacte avec le crayon. L'appareil est ainsi très facilement réglé une fois pour toutes.

1 Lyon médical, t. Cil, p. fa35.

« Je n'insiste pas sur le rôle des diaphragmes. M. Béclère y a beaucoup insisté et j'ai, avant lui, construit des tubes diaphragmes par eux-mêmes, mais qui n'ont pas la simplicité des diaphragmes rotatifs.

« 4° L'appareil permet d'examiner le malade en totalité et d'une vue générale, puis de jalonner les ombres et d'analyser leur valeur, chose indispensable lorsqu'il existe des adhérences pleurales, des ganglions, des taches parasites, puis d'inscrire avec le petit écran inscripteur sur un bloc de papier quadrillé en millimètres, enfin d'écrire sur le malade lui-même des points de repère que l'on désire conserver : le tout pendant que le malade est immobilisé et fixé par des sangles contre le cadre d'examen.

« 5° L'appareil permet de localiser un corps étranger (balle) et de définir la forme et le volume d'un corps opaque, en même temps que sa profondeur .»

A l'aide de son orthodiagraphe \ M. Destot s'est appliqué à étudier le cœur chez l'homme normal et chez le malade. Ses recherches et ses conclusions relatives à l'aire du cœur sont résumées dans la thèse de Grognard et celle de Gignier. Nous ne saurions passer sous silence ces travaux qui sont pour ainsi dire la préface de notre étude et nous en donnons dans les pages suivantes une courte analyse.

M. Grognard dans sa thèse inaugurale" a essayé de

1 Drault, constructeur à Paris, a réalisé très habilement l'orthodiagraphe de M. Destot. Il en a fait un appareil de grande précision.

2 Grognard, Le cœur à l'état normal, in-8, Lyon, Rey, 1903.

fixer chez les sujets sains la valeur de Faire cardiaque et d'en déterminer la forme. Ses observations ont porté sur 87 hommes adultes, élèves à l'école de Santé militaire de Lvon dont l'âge variait de 20 à 23 ans.

Pour avoir des résultats comparables, l'auteur a opéré aux mêmes heures, le sujet étant debout en apnée, après avoir repéré avec des index de plomb la pointe du cœur, là où elle était perçue à la palpitation. Dans ses tracés, il a dessiné le contour des deux poumons, les deux clavicules, le contour du cœur, celui du mamelon et de la pointe.

Cherchant à fixer les limites supérieures du cœur, Grognard reconnaît que le problème est assez délicat et conclut à cette donnée, arbitraire du reste, que la limite supérieure du cœur sera indiquée par une droite horizontale passant par un point appréciable sur le bord gauche du cœur et répondant au bile des vaisseaux. (( La différence d'inclinaison de l'aorte par rapport aux ventricules, nous dit-il, permet assez facilement d'arriver à préciser ce point1. »

Des recherches faites dans ces conditions, Grognard a tiré des conclusions relatives aux formes et aux dimensions de ses graphiques. Ceux-ci lui ont montré que des cœurs à aires égales pouvaient avoir des formes et des orientations absolument distinctes. « C'est ainsi, dit-il, qu'en sériant nos fiches, nous avons ramené les diverses formes à trois grandes classes : cœurs verticaux, cœurs obliques, cœurs transversaux2. »

1 Grognard, le Cœur à létal normal, p. /»o.

2 Je même, p. 44 .

Les cœurs verticaux entrent pour i / 12 clans sa statistique et se trouvent alliés presque toujours à des thorax élancés.

Les cœurs transversaux, un peu plus nombreux, comptent pour 3/ 12 et sont couchés sur le diaphragme. Ils se rencontrent dans les thorax peu élevés.

Enfin, la grande majorité, c'est-à-dire 8/12 des cœurs, sont obliques. J'ai pensé être utile au lecteur en reproduisant les tracés de la thèse de Grognard1. Ils serviront de terme de comparaison pour étudier ceux que j'ai obtenus en dessinant des cœurs pathologiques.

Notre auteur est allé plus loin dans son travail et a déterminé encore un certain nombre de points intéressants. Particulièrement il a montré par ses tracés de cœurs normaux que l'oreillette droite pouvait déborder le sternum à droite sans que l'on soit en droit de conclure à une dilatation de cette cavité. Dans les cœurs transversaux cet empiétement du cœur droit sur le champ pulmonaire droit est de règle.

La mesure des tracés de Taire cardiaque oscille entre 55 ce, 5 et 112 ce, 48. Le groupement le plus dense se fait entre 80 ce. et 98 ce, 5. L'aire moyenne serait de 86 ce 48. Elle n'a que des rapports éloignés avec la taille et des rapports plus immédiats avec le poids. Ceux-ci oscillent entre 1 , 1 o et 1 , 60. Pour une moyenne générale ils se rapprochent de 1, 40.

Dans un travail plus récent 2, Gignier a défini chez

1 Voir page.

2 Gignier, le Cœur à l'élue pathologique, in-8, Lyon, lier.

l'homme sain et chez le malade les rapports de l'aire cardiaque avec les aires pulmonaires.

Chez l'homme sain, en se servant des tracés relevés par Grognard, cet auteur est arrivé à conclure « que 1b rapport obtenu en divisant le total des deux aires pulmonaires par l'aire cardiaque oscille entre 2, 3 et 4, 4? donnant une moyenne de 3, 4 ».

Pour les malades, il y a lieu, d'après le même auteur, de diviser l'étude des cœurs pathologiques en deux catégories: d'une part les gros cœurs que l'on rencontre dans les différentes affections cardiaques et d'autre part les petits cœurs qui se trouvent chez les tuberculeux.

Pour les gros coeurs. — Le rapport de l'aire cardiaque aux aires pulmonaires oscille entre 1, 10 et 2, 70 ayant comme moyenne 2, 20.

Le rapport de l'aire cardiaque au poids oscille entre 1, 3o et 3, 90 donnant une moyenne de 2, 60.

Ces chiffres portent sur l'observation de 26 malades.

Pour les petits coeurs. — Le rapport de l'aire cardiaque aux aires pulmonaires oscille entre 2, 10 et 5, o65 donnant une moyenne de 4-

Le rapport de l'aire cardiaque au poids oscille entre i, i5 et 2, 45 avec une moyenne de 1, 70.

Ces chiffres portent sur l'observation de 14 malades. Dans le tableau ci-contre nous réunissons les données numériques des travaux que nous venons d'analyser sommairement.

Cœurs normaux 87 sujets .

Gros cœurs 26 sujets .

Petits cœurs 14 sujets .

Page 1