‹ Les formes de l'aire de projection du cœur pathologiqueChapitre 8 sur 18 · ÉTUDE DES FORMES DU COEUR PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE DES FORMES DU COEUR PATHOLOGIQUE

par la radioscopie orthogonale.

Dans la séance du 25 mai 1904, M. Destot, présentait, à la Société des sciences médicales de Lyon, ses recherches sur les modifications dans la forme des tracés du cœur malade. Ses conclusions portaient sur une centaine d'observations * Depuis le mois de novembre 1904, nous avons examiné avec M. Destot plus de deux mille cœurs et pris environ six cents tracés. Tous ces malades ont été examinés à l'obscurité, inconnus de nous par conséquent. Nous avons été frappé par une série de formes toujours semblables et, en recherchant les observations et les autopsies de ces malades, nous avons constaté que chacune de ces formes répondait à une affection donnée du cœur. Nous croyons pouvoir affirmer qu'à chaque lésion particulière, le cœur répond par une hypertrophie revêtant une forme spéciale. Nous aurions voulu donner les formes répondant à toutes les cardiopathies ; malheureusement pendant notre année de recherches, certains cas rares ne se sont pas présentés à nous, ou se sont présentés en nombre insuffisant pour nous permettre de conclure.

1 Lyon médical, 1904, t. Cil, pp. 1234-1240.

Nous avons préféré nous maintenir sur un terrain plus scientifique, ne donner que des conclusions reposant sur de nombreux cas cliniques et sur des vérifications anatomiques. C'est ainsi que nous ne parlerons que des formes les plus fréquentes de l'hypertrophie cardiaque ; en particulier dans le rétrécissement mitral, l'insuffisance mitrale, l'insuffisance aortique, le cœur brightique, l'anévrisme de l'aorte thoracique.

En examinant les malades de l'hôpital de la Croix- Rousse, nous avons remarqué un grand nombre de cœurs dont l'aire semblait au-dessous de la moyenne en même temps que leur forme se rapprochait du type vertical décrit comme normal par Grognard. En recherchant les observations de ces malades, nous avons constaté que ces petits cœurs se rapportaient tous à des tuberculoses au début. Nous avons cru intéressant d'étudier ce nanisme du cœur dans ses rapports avec la tuberculose et nous avons donné quelques observations.

Tous nos tracés ont été dessinés à l'aide de l'orthodiagraphe de M, Destot sur du papier quadrillé au centimètre. Les schémas qui figurent dans ce travail sont des réductions au i/io des originaux. Les malades ont été examinés debout, déshabillés jusqu'à la ceinture, les bras pendants, le thorax appliqué par sa face antérieure contre lécran. Pour l'étude de l'aorte, nous avons placé les malades dans la position oblique, le bras gauche sur la tête.

Nous n'avons pris de tracé que sur les sujets dont les courbures de la colonne vertébrale étaient normales ; chez les scoliotiques, la cage thoracique entraîne par ses déformations des modifications considérables dans

la forme de l'aire cardiaque. Il y aurait lieu de faire pour ces malades ce que nous avons fait pour l'homme dont la charpente osseuse était hien conformée.

Enfin d'autres facteurs interviennent pour rendre difficile, sinon empêcher l'élude de l'aire cardiaque. Chez les malades atteints d'anciennes affections pleurales, il n'est pas rare de voir le cœur dévié de sa position normale, à droite ou à gauche, par suite de la rétraction des tissus pleuro-pulmonaires. Il y a alors de la sinistrocardie ou de la dextrocardie. Dans le cours d'une pleurésie avec épanchement, le cœur sera invisible en partie ou en totalité ; son contour se trouve noyé par la masse liquide. Lorsque le malade aura une ascite abondante, le refoulement du diaphragme vers le thorax pourra contribuer à cacher les contours du cœur dans sa partie inférieure tout au moins. Il existe donc un certain nombre de cas dans lesquels les secours apportés par la radioscopie à rétablissement d'un diagnostic seront bien minimes.

Pour donner une étude complète de la question, il aurait fallu suivre les malades pendant toute révolution de leur affection, et prendre des tracés de leur cœur à intervalles réguliers. Le temps nous a manqué pour nous livrer à ces longues recherches Nous donnons simplement les tracés qui nous ont paru caractéristiques de telle ou telle maladie. Nous regrettons de n'avoir pu faire davantage, car nous sommes convaincu que, par la radioscopie orthogonale, il est possible de suivre pas à pas la marche progressive de l'hypertrophie d'un cœur. Il aurait été très intéressant de donner les diverses physionomies que prend l'aire

cardiaque pendant cette évolution. Nos observations V et VI sont particulièrement remarquables à ce point de vue. Elles montrent le développement progressif du cœur, la première dans un cas d'asthénie cardiaque, la seconde dans un cas d'insuffisance aortique.

Par la radioscopie orthogonale, il est également possible de voir l'action de tel ou tel médicament sur l'état de dilatation d'un cœur. Mais il n'est pas dans le plan de notre travail d'étudier ce côté de la question.

Dans tout notre travail nous n'avons en vue que le cœur chez l'adulte. Chez l'enfant, il y aurait lieu de faire des recherches analogues pour chaque âge.

Tout récemment, M. Destot a bien voulu nous communiquer le compte rendu du dernier Congrès de radiologie tenu à Berlin, et nous avons l'agréable surprise de constater qu'un auteur allemand, M. Immelmann, était arrivé par l'orthoradiographie à enregistrer des ombres cardiaques dont les formes étaient identiques à celles que nous avons dessinées au moyen de l'orthodiagraphe Son procédé ressemble en tout point au nôtre. Au lieu de promener sur une feuille de papier un crayon coïncidant avec le rayon normal en suivant les contours du cœur reconnu à l'écran, il a simplement fait suivre à ce rayon normal, après avoir interposé une plaque sensible dans un plan perpendiculaire, le même parcours que le crayon. Au lieu de recueillir un tracé, M. Immelmann obtenait ainsi une orthoradiographie. Le procédé est évidemment très ingénieux, mais nous ne voyons pas son avantage sur celui de M. Destot. L'équation personnelle n'est pas supprimée. Le résultat dépendra toujours de l'exactitude

qu'aura mis l'observateur à suivre les contours de l'organe. D'autre part, le procédé est beaucoup plus long, et il serait difficile de l'appliquer à de nombreux malades. A certains jours, M. Destot a dessiné devant nous plus de vingt tracés pour les différents services de l'hôpital de la Croix-Rousse. Il eût été impossible, dans le même laps de temps, deux heures environ, de faire autant d'orthoradiographies.

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