Howitt, Nat. Tr., p
8. Swanton, Contributions to'the Ethnologg of the Haida, p. 41 et suiv.
CROYANCES PROPREMENT TOTÉMIQUES Ï65
Mais si les tatouages qui sont réalisés par voie de mutilations ou de scarifications n'ont pas toujours une signification totémique1, il en est autrement des simples dessins effectués sur le corps : ils sont, le plus généralement, représentatifs du totem. L'indigène, il est vrai, ne les porte pas d'une manière quotidienne. Quand il se livre à des occupations purement économiques, quand les petits groupes familiaux se dispersent pour chasser et pour pêcher, il ne s'embarrasse pas de ce costume qui ne laisse pas d'être compliqué. Mais, quand les clans se réunissent pour vivre d'une vie commune et vaquer ensemble aux cérémonies religieuses, il s'en pare obligatoirement. Chacune de ces cérémonies, comme nous le verrons, concerne un totem particulier et, en principe, les rites qui se rapportent à un totem ne peuvent être accomplis que par des gens de ce totem. Or, ceux qui opèrent2, qui jouent le rôle d'officiants, et même parfois ceux qui assistent comme spectateurs, portent toujours sur le corps des dessins qui figurent le totem3. Un des rites principaux de l'initiation, celui qui fait entrer le jeune homme dans la vie religieuse de la tribu, consiste précisément à lui peindre sur le corps le
PL XX et XXI ; Boas, The Social Organizalion of ihe Kwakiuil, p. 318 ; Swanton, Tlingil, pi. XVI et sq. — Dans un cas, étranger d'ailleurs aux deux régions ethnographiques que nous étudions plus spécialement, ces tatouages sont pratiqués sur les animaux qui appartiennent au clan. Les Bechuana du sud de l'Afrique sont divisés en un certain nombre de clans : il y a les gens du crocodile, du buffle, du singe, etc. Or, les gens du crocodile, par exemple, font aux oreilles de leurs bestiaux, une incision, qui rappelle par sa forme la gueule de l'animal (Casalis, Les Basoutos, p. 221). Suivant Robertson Smith, le même usage aurait existé chez les anciens Arabes (Kïnship and Marriage in early Arabia, p. 212- 214).
1. Il en est qui, suivant Spencer et Gillen, n'auraient aucun sens religieux (v. Nal. Tr., p. 41-42 ; North. Tr., p. 45, 54-56).
2. Chez les Arunta, la règle comporte des exceptions qui seront expliquées plus loin.
3. Spencer et Gillen, Nai. Tr., p. 162 ; Norlh. Tr., p. 179, 259, 292, 295-296 ; Schulze, loe. cil., p. 221. Ce qui est ainsi représenté, ce n'est pas toujours le totem lui-même, mais un des objets qui, associés à ce totem, sont considérés comme choses de la même famille.
i66 LES CROYANCES ÉLÉMENTAIRES
symbole totémique1. Il est vrai que, chez les Arunta, le dessin ainsi tracé ne représente pas toujours et nécessairement le totem de l'initié2 ; mais c'est une exception, due sans doute à l'état de ' perturbation où se trouve l'organisation totémique de cette tribu3. Au reste, même chez les Arunta, au moment le plus solennel de l'initiation, puis-
1. C'est le cas, par exemple, chez les Warramunga, les Walpari, les Wulmala, les Tjingilli, les Umbaia, les Unmatjera (North. Tr.t p. 348, 339). Chez les Warramunga, au moment où le dessin est exécuté, les opérateurs adressent à l'initié les paroles suivantes : « Cette marque appartient à votre localité (your place ) : ne portez pas les yeux sur une autre localité. » « Ce langage signifie, disent Spencer et Gillen, que le jeune homme ne doit pas s'ingérer dans d'autres cérémonies que celles qui concernent son totem ; elles témoignent également de l'étroite association qui est supposée exister entre un homme, son totem et l'endroit spécialement consacré à ce totem » (Norlh. Tr., p. 584). Chez les Warramunga, le totem se transmet du père aux enfants ; par suite, chaque localité a le sien.