Spencer et Gillen, Nat. Tr., p
3. On se rappelle (v. plus haut, p. 150) que, dans cette tribu, l'enfant peut avoir un autre totem que celui de son père ou de sa mère et, plus généralement, de ses proches. Or les proches, d'un côté ou de l'autre, sont les opérateurs désignés pour les cérémonies de l'initiation. Par conséquent, comme un homme, en principe, n'a qualité d'opérateur ou d'officiant que pour les cérémonies de son totem, il s'ensuit que, dans certains cas, les rites auxquels l'enfant est initié concernent forcément un totem autre que le sien. Voilà comment les peintures exécutées sur le corps du novice ne représentent pas nécessairement le totem de ce dernier : on trouvera des cas de ce genre dans Spencer et Gillen, Nat. Tr., p. 229. Ce qui montre bien, d'ailleurs, qu'il y a là une anomalie, c'est que, néanmoins, les cérémonies de la circoncision ressortissent essentiellement au totem qui prédomine dans le groupe local de l'initié, c'est-à-dire au totem qui serait celui de l'initié lui-même, si l'organisation totémique n'était pas perturbée, si elle était chez les Arunta ce qu'elle est chez les Warramunga (v. Spencer et Gillen, ibid., p. 219).
La même perturbation a eu une autre conséquence. D'une manière générale, elle a pour effet de détendre quelque peu les liens qui unissent chaque totem à un groupe déterminé, puisqu'un même totem peut compter des membres dans tous les groupes locaux possibles, et même dans les deux phratries indistinctement. L'idée que les cérémonies d'un totem pouvaient être célébrées par un individu d'un totem différent — idée qui est contraire aux principes mêmes du totémisme, comme nous le verrons mieux encore dans la suite — a pu s'établir ainsi sans soulever trop de résistances. On a admis qu'un homme à qui un esprit révélait la formule d'une cérémonie avait qualité pour la présider, alors même qu'il n'était pas du totem intéressé (Nat. Tr., p. 519). Mais ce qui prouve que c'est là une exception à la règle et le produit d'une sorte de tolérance, c'est que le bénéficiaire de la formule ainsi révélée n'en a pas la libre disposition ; s'il la transmet — et ces transmissions sont
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qu'il en est le cotironnement et la consécration, quand le néophyte est admis à pénétrer dans le sanctuaire où sont conservés tous les objets sacrés qui appartiennent au clan, on exécute sur lui une peinture emblématique : or cette fois c'est le totem du jeune homme qui est ainsi représenté1. Les liens qui unissent l'individu à son totem sont même tellement étroits que, dans les tribus de la côte Nord-Ouest de l'Amérique du Nord, l'emblème du clan est peint non seulement sur les vivants, mais même sur les morts : avant d'ensevelir le cadavre, on met sur lui la marque totémique2.
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Déjà ces décorations totémiques permettent de pressentir que le totem n'est pas seulement un nom et un emblème. C'est au cours de cérémonies religieuses qu'elles sont le totem, en même temps qu'il est une étiquette collective, a un caractère religieux. Et, en effet, c'est par rapport à lui que les choses sont classées en sacrées et en profanes. Il est le type même des choses sacrées.
Les tribus de l'Australie centrale, principalement les Arunta, les Loritja, les Kaitish, les Unmatjera, les Ilpirra3, se servent constamment dans leurs rites de certains instruments qui, chez les Arunta, sont appelés suivant
fréquentes — - ce ne peut être qu'à un membre du totem auquel se rapports te rite (Nat. Tr., ibid.).
1. Nat. Tr., p. 140. Dans ce cas, le novice conserve la décoration dont il a été ainsi paré jusqu'à ce que, par l'effet du temps, elle s'efface d'ellemême.
2. Boas, General Report on the Indians of British Columfaia, in Brilish Association for the Aduancemenl of Science, Fifth Hep. of Ihe Commillee on the N. W. Tribes of the Dominion of Canada, p. 41.
3. Il y en a aussi chez les Warramun^a, mais en plus petit nombre que chez les Arunta, et ils ne figurent pas dans les cérémonies totémiques bien qu'ils tiennent une certaine place dans les mythes (Norlh. Tr., p. 163}.
Spencer et Gillen des ckuringa, et, suivant Strehlow, des tjurunga1. Ce sont des pièces de bois ou des morceaux de pierre polie, de formes très variées, mais généralement ovales ou allongées2. Chaque groupe totémîque en possède une collection plus ou moins importante. Or, sur chacun d'eux, se trouve gravé un de.ssin qui représente le totem de ce même groupe*. Un certain nombre de ces churinga sont percés, à l'une de leurs extrémités, d'un trou par lequel passe un fil, fait de cheveux humains ou de poils d'opossum. Ceux de ces objets qui sont en bois et qui sont percés de cette manière servent exactement aux mêmes fins que ces instruments du culte auxquels les ethnographes anglais ont donné le nom de bull-roarers. Au moyen du lien auquel ils sont suspendus, on les fait rapidement tournoyer dans l'air de manière à produire une sorte de ronflement identique à celui que font entendre les diables qui servent encore aujourd'hui de jouets à nos enfants ; ce bruit assourdissant a une signification rituelle et accompagne toutes les cérémonies de quelque importance. Ces sortes de churinga sont donc de véritables bull-roarers. Mais il en est d'autres qui ne sont pas en bois ou qui ne sont pas percés ; par conséquent, ils ne peuvent être employés de cette manière. Ils inspirent cependant les mêmes sentiments de respect religieux.
Tout churinga, en effet, à quelque fin qu'il soit employé, compte parmi les choses les plus éminemment sacrées, il n'en est même aucune qui le dépasse en dignité religieuse. C'est déjà ce qu'indique le mot qui sert à le désigner. En même temps qu'un substantif, c'est aussi un adjectif qui signifie sacré. Ainsi, parmi les noms que porte chaque
1. D'autres noms sont employés dans les autres tribus. Nous donnons un sens générique au terme Arunta parce que c'est dans cette tribu que les churinga tiennent le plus de place et ont été le mieux étudiés.