‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 89 sur 322 · Casalis, Ibid · texte numérisé non relu

Casalis, Ibid

6. Même chez les Omaha, il n'est pas sûr que les interdictions de

Si maintenant nous rapprochons ces interdictions diverses de celles dont l'emblème totémique est l'objet, il apparaît, contrairement à ce qu'on pouvait prévoir, que ces dernières sont plus nombreuses, plus strictes, plus sévèrement impératives que les premières. Les figures de toute sorte qui représentent le totem sont entourées d'un respect sensiblement supérieur à celui qu'inspire l'être même dont ces figurations reproduisent la forme. Les churinga, le nurtunja, la waninga ne doivent jamais être maniés par les femmes ou les non-initiés qui ne sont même autorisés à les entrevoir que très exceptionnellement et à distance respectueuse. Au contraire, la plante ou l'animal dont le clan porte le nom peuvent être vus et touchés par tout le monde. Les churinga sont conservés dans une sorte de temple, au seuil duquel tous les bruits de la vie profane viennent mourir ; c'est le domaine des choses saintes. Au contraire, animaux et plantes totémiques vivent sur le terrain profane et sont mêlés à la vie commune. Et comme le nombre et l'impor-

contact dont nous venons de rapporter quelques exemples soient de nature proprement totémique ; car plusieurs d'entre elles n'ont pas de rapports directs avec l'animal qui sert de totem au clan. Ainsi, dans un sous-clan de l'Aigle, l'interdiction caractéristique consiste à ne pouvoir toucher une tête de buffle (Dorsey, op. cit., p. 239) ; dans un autre sous-clan qui a le même totem, on ne peut toucher le vert-de-gris, le charbon de bois, etc. {ibid., p. 245).

Nous ne parlons pas d'autres interdictions que mentionne Frazer, comme celles de nommer ou de regarder un animal ou une plante, car il est encore moins sûr qu'elles soient d'origine totémique, sauf peut-être pour ce qui concerne certains faits observés chez les Bechuana [Tolemism, p. 12-13). Frazer admettait trop facilement alors — et il a eu, sur ce point, des imitateurs — que toute interdiction de manger ou de toucher un animal dépend nécessairement de croyances totémiques. Il y a, cependant, un cas en Australie, où la vue du totem paraît prohibée. D'après Strehlow (II, p. 59), chez les Arunta et les Loritja, un homme qui a pour totem la Lune ne doit pas la regarder longtemps ; autrement, il s'exposerait à mourir de la main d'un ennemi. Mais c'est, croyonsnous, un cas unique. Il ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, que les totems astronomiques ne sont vraisemblablement pas primitifs en Australie ; cette prohibition pourrait donc être le produit d'une élaboration complexe. Ce qui confirme cette hypothèse, c'est que, chez les Euahlayi, l'interdiction de regarder la Lune s'applique à toutes les mères et à tous les enfants, quels que soient leurs totems (L. Parker, The Euahlayi, p. 53).

tance des interdictions qui isolent une chose sacrée et la retirent de la circulation correspondent au degré de sainteté dont elle est investie, on arrive à ce remarquable résultat que les images de l'être totémique sont plus sacrées que l'être totêmique lui-même. Au reste, dans les cérémonies du culte, c'est le churinga, c'est le nurtunja qui tiennent la première place ; l'animal n'y apparaît que très exceptionnellement. Dans un rite, dont nous aurons à parler1, il sert de matière à un repas religieux, mais il ne joue pas de rôle actif. Les Arunta dansent autour du nurtunja, ils s'assemblent devant l'image de leur totem et ils l'adorent ; jamais semblable démonstration ne s'adresse à l'être totémique lui-même. Si ce dernier était la chose sainte par excellence, c'est avec lui, c'est avec la plante ou l'animal sacré que le jeune initié devrait communier quand il est introduit dans le cercle de la vie religieuse ; nous avons vu, au contraire, que le moment le plus solennel de l'initiation est celui où le novice pénètre dans le sanctuaire des churinga. C'est avec eux, c'est avec le nurtunja qu'il communie. Les représentations du totem ont donc une efficacité plus active que le totem lui-même.

Il nous faut maintenant déterminer la place de l'homme dans le système des choses religieuses.

Nous sommes enclins, par tout un ensemble d'habitudes acquises et par la force même du langage, à concevoir l'homme du commun, le simple fidèle comme un être essentiellement profane. Il pourrait bien se faire que cette conception ne fût vraie à la lettre d'aucune religion2 ; en tout

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