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LA NOTION D'EXPERIMENTUM

des bribes de son pouvoir, mais certaines de leurs recettes ne sont pas à dédaigner. Si l’on considère en outre que Bacon parle beaucoup des merveilles qu'il attend, mais passe sous silence les moyens de les produire, qu’il ignore les instruments scientifiques et les sciences exactes, qu’enfin il met la foi au premier rang des conditions que requiert une expérimentation pour réussir — oportet primo credulitatem fieri — on accordera que l’experimentum médiéval se résout bien, chez le plus hardi des penseurs de ce temps, en une sorte de surmagie.

L'imagination est maîtresse des esprits. Comme un feu dévorant, elle se nourrit de tout : les livres de l’antiquité, connus depuis peu, les découvertes récentes, les vérités partielles. L'expérience, qui est l'instrument par excellence de la vérité, est requise pour renforcer des certitudes et des espérances. Si forte est cette tendance qu’elle ne reculera sensiblement qu’au xvir° siècle et que trois cents ans après la scientia experimentalis, l’autre Bacon, auteur du Novum Organum, contemporain de Descartes, ne concevra pas toujours très différemment l’experimentum. François Bacon mène la chasse de Pan avec un enthousiasme accru par | « érudition ardente »* et la juvénile imagination de la Renaissance. Le spectacle de la nature l’enchante et il espère s’en approprier les plus intimes secrets à l’aide de méthodes déterminées : il s’agit de retrouver ses formules pour reproduire ses œuvres, de triompher d'elle en lui obéissant. Le chancelier reprend le rêve du moine. Certes, chez lui, le pressentiment de la vraie méthode s’est accru : d’ailleurs, des expérimentateurs

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