M. Berthelot. Op. cit., p. IX
2. Louis Figuier. L’'Alchimie el les Alchimistes. Paris, Haghôtte,
servir à des « expériences » nouvelles. Mais ces découvertes n’ont pas été faites pour elles-mêmes et métho-
‘ diquement poufsuivies. Les effets de la métallurgie, ‘les résultats obtenus dans la teinture des corps, quelques
trouvailles accidentelles, ont fait naître des espoirs
insensés. Quand on eut reconnu que l'or artificiel n’était pas identique à l'or naturel, on en conclut seule-
“ment qu’on n’était pas encore suffisamment armé pour
le « grand œuvre ». Mais c’est à la spéculation mystique que l'on demanda du renfort. L’alchimie revint à
sa base de départ pour l’agrandir et la consolider. Les ‘transformations des métaux furent rattachées, comme “un cas particulier, aux transformations de tout ordre
dont le cosmos est le siège. Le rêve de l’or, si souvent déçu, reprit de nouvelles forces dans la notion d’une
substance merveilleuse, dont la découverte devait être
le prix des persévérants efforts des savants : la pierre
des philosophes, le grand élixir, le grand magistère.
La recherche, exaltée, fébrile, ardente, sans idée directrice, se dispersa en essais arbitraires, en mélanges de substances quelconques, de préférence étranges, répugnantes ou obscènes. Les pratiques magiques et astrologiques accompagnèrent, comme leur ombre, les manipulations chimiques. — Au demeurant, l’alchimie
a toujours plus ou moins voisiné avec les sciences
occultes ‘. Elle a avec elles plus que des affinités. Elle. est fille de la même mentalité. Les papyrus de Leyde, découverts à Thèbes, établissent nettement cette étroite alliance. Dans un grand nombre de traités d’alchimie, on trouve des dessins mystérieux, des alphabets magiques, des formules mystiques, des sphères pour prédire
4: Wild. Versuch einer Charakteristik der Verhältnisse der Alchemie zur Magie, dPimologies Cassel, 1841.
l'issue des maladies, une clé des songes’. La plupart débutent par des dévotions, où l’on aurait tort de ne voir que des mesures de précaution contre le soupçon de dia- ‘blerie. Ce n'est pas trop du secours de Dieu lui-même * pour que réussisse le grand œuvre. On voit à la Bibliothèque nationale une estampe qui représente un laboratoire : le dos tourné à ses fourneaux, au pied d’un autel où fume l'encens, l’alchimiste prosterné semble invoquer l’aide divine. Il arrive plus souvent d'ailleurs que le chercheur d’or conclut un pacte avec les puissances infernales, et l’alchimie verse dans la magie criminelle : l’infâme Gilles de Raiïs était un alchimiste. Au rebours de ce qui se passe pour la vraie science, l'alchimie, comme la magie, comme toutesles «sciences équivoques », se corrompt avec le temps: non que, délaissée par les bons esprits, elle devienne le domaine de quelques illuminés qui donnent libre cours à leur folie. Les causes de cette corruptibilité sont plus profondes : elles tiennent à la nature même des fausses sciences. Celles-ci, ‘exaspérées par l’insuccès, retournent à leurs origines, pour y puiser un nouvel élan. L'alchimie, à ses débuts, était relativement positive. Issue des recherches « her- * métiques » elle participait encore de leur caractère semiindustriel ?. La part la plus importante des découvertes chimiques revient aux anciens et aux Arabes. Elle s'accroît très peu au Moyen Age, malgré une intense spéculation qui a duré pendant plusieurs siècles : par contre le x1r° siècle « découvre » la pierre philosophale. C’est le bel âge de l’alchimie mystique. Le merveilleux ‘talisman n’est pas seulement propre à transformer en or les métaux vils. Quel terme assigner à sa puissance ?