‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 107 sur 194 · Id. Jbid · texte numérisé non relu

Id. Jbid

Il fait de l’or de tout ce qu’il touche. IL guérit les maladies et prolonge l'existence. Il corrige les méchants, leur donne de bons sentiments et communique aux incultes la sagesse d’Aristote et d'Avicenne. Au x1v° siècle les progrès sont encore plus insignifiants, bien que les chercheurs d’or pullulent : les princes ruinés les appellent à leur secours. Mis à l'épreuve, les thaumaturges, pour conserver leur place ou éviter la prison, se font charlatans. — On pourrait croire que, à l’époque de la Renaissance, la découverte de l'antiquité, les progrès de l’expérience et des sciences vont faire rétrograder l’alchimie : ils lui donnent au contraire un essor nouveau. Le désir s’alimente de tout. La soif de merveilleux fit siennes les espérances nouvelles de savoir. Le savant expérimentateur Robert Boyle parvient-il à extraire de l’argent du chlorure d’antimoine ? On ignorait que l’antimoine fût un métal argentifère : il n’en fallut pas plus pour ranimer la croyance à la transmutation des métaux et donner un nouvel élan aux recherches sur la pierre philosophale ‘. Pareillement, la découverte de la relation qui existe entre le mouvement de la lune et le phénomène de la marée a surtout pour conséquence de fortifier le crédit des superstitions ‘astrologiques*. De nos jours, les savantes recherches sur la constitution intime de la matière n'’ont-elles pas réveillé, chez quelques-uns, le vieux rêve des alchimistes?

Une brève comparaison des attitudes respectives de l’alchimiste du Moyen Age et du chimiste moderne à l'égard des corps de la nature, qui sont leur objet commun, va achever de nous montrer qu'une science posi-

1. Hoefer. Histoire de la Chimie, t. I, p- 166-167. 2. L. Brunschvicg. Exp. humaine, p. 587.

tive ne pouvait sortir de cette technique extravagante. — Ge ne sont pas les corps en eux-mêmes qui intéressent lalchimiste. S'il les met à la torture, c'est qu'il espère y trouver le secret de faire de l'or. S'il a une conception générale des substances, elle gravite tout entière autour de cette idée fixe et l’on peut dire qu’elle a été créée par elle. L’or est le produit suprême de la nature, l «enfant de ses désirs », dont les autres métaux ne sont que des ébauches imparfaites : n’est-il pas inaltérable, alors que ceux-ci s’altèrent plus ou moins? Considérons en outre que, pour des esprits qui en sont encore au stade préscientifique, il n’y a pas entre les divers règnes les séparations tranchées que nous y mettons. Les métaux sont doués d’une sorte de vie, ils ne se transforment pas seulement les uns dans les autres : selon certains alchimistes, ils deviennent parfois des minéraux‘. Et les minéraux eux-mêmes ne sont pas séparés par un infranchissable fossé des végétaux : Paracelse pensait qu’ils se développaient à la manière des plantes par une sorte de graine. Les rapports entre les différents métaux sont établis d’après le degré de pureté et la quantité des deux corps, mercure et soufre, qui entrent dans leur composition. L'or est au sommet de la hiérarchie, Il doit son inaltérabilité à l'extrême pureté du mercure et du soufre qual contient, Le cuivre a des parties égales de mercure et de soufre, mais moins purs; l’étain a plus de soufre que de mercure, et ces substances sont impures ; le plomb vient au bas de l’échelle. Ces « proportions » ne reposent sur rien. Elles ne trahissent même pas le pressentiment de la quantité : il n’y a d’ailleurs aucune vel-

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