Bayle. Dictionnaire historique
que le cinabre naturel : il sait désormais de quoi est fait ce corps'.— Patiemment Boyle pèse les substances et les range par ordre de densité décroissante. Il observe que la glace est plus ou moins fusible selon les corps où elle est plongée : il calcule ces degrés de fusibilité. A deux ou trois siècles de là nous retrouverions son successeur plus que jamais occupé à décomposer, à peser et à classer. Les plus faibles déviations de l'aiguille de la balance suffisent parfois à déceler la présence d’un corps nouveau et à modifier la nomenclature. Le tableau de Mendeleev, accroché au mur du laboratoire, reflète fidèlement l’état de sa connaissance de l'Univers chimique. Il se modifie à chaque instant. Cà et là des lacunes, dont on peut mesurer amplitude, séparent les corps : elles seront comblées. Leur tache blanche cache peut-être un métal royal, un nouveau radium, ou au contraire quelque insignifiante substance. L'important, l’intéressant, est que des signes noirs viennent bientôt s'y inscrire. Comme l’explorateur désireux avant tout de savoir, le chimiste réduit progressivement les terrae ignotae et tant mieux s’il découvre quelque eldorado, il ne le cherchait pas.
C’est donc bien à un vice originel et essentiel que l’alchimie a dû son impuissance radicale à se transformer en chimie. Dira-t-on que, en elle-même, l’idée de la transmutation n’était peut-être pas tellement fausse et que, après tout, le dernier mot n’est pas dit? Mais même si l’on venait à démontrer qu’elle est vraie et qu'il n’y a pas de corps simples, il n’en résulterait nullement que les alchimistes aient été plus perspicaces que les chimistes modernes, pas plus que l'invention de