‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 11 sur 194 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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plus arriérées comme celles qui ont chassé les hommes de Cro-Magnon, aient été la cause de cette décadence. Toutefois, il semble bien que la courbe des progrès de l'outillage ait suivi avant tout celle des besoins. Un moment a dû arriver où la satisfaction de ceux-ci a été suffisamment assurée par un certain nombre de pratiques, où toutes les grosses difficultés ont été convenablement résolues. Les Magdaléniens, si fins artisans, n’ont jamais songé à tailler la pierre : los et le bois, plus tendres et moins friables, leur fournissaient tous les instruments nécessaires .

Sans doute il faut tenir compte aussi du mélange intime et constant, aux époques primitives, de la technique et de la religion. Le formalisme de l’une s'étend de bonne heure à l’autre. Armes et outils reçoivent des contours, un agencement définis : il est interdit d'y apporter le moindre changement. « La série des gestes de l’artisan est aussi uniformément réglée que la série des gestes du magicien”. » Mais ce caractère mystique des instruments usuels est-il bien contemporain de leur invention? Vraisemblablement, quand ils en ont été revêtus, ils faisaient déjà partie du patrimoine traditionnel de la tribu et ils étaient enveloppés dans la même vénération superstitieuse, La période de découverte est achevée. L’outillage est constitué. Les rites qui le protègent contre toule innovation font songer à la mousse dont se couvrent les pierres lorsqu'elles sont restées longtemps immobiles dans un recoin d'ombre humide. L'adaptation technique de l’homme à son milieu une fois terminée, la religion s’en empare et la

4. J. de Morgan. L'Humanité préhistorique, p. T0. 9. Hubert et Mauss. Esquisse d’une théorie générale de la Magie. {Année Sociolog., t. VI). Ch. 1.

consacre. Mais ce n’est pas elle qui lui a dit : Tu n’iras pas plus loin.

Au reste, dans les civilisations plus avancées, La technique ne tarde pas à s'affranchir de la religion. Or, on constate que, même libre, elle continue à progresser avec une étonnante lenteur. Les notions qu’elle engage restent dans l’ombre. Les liens logiques qui unissent entre elles diverses inventions ne sont pas aperçus. Seuls le hasard, ou quelque nouveau besoin, opèrent une déduction dont l’esprit humain n’est pas encore capable. — Ainsi, jamais les Égyptiens n'ont été en mesure de faire la théorie de leur outillage, pourtant déjà très perfectionné. Ils possédaient une technique usuelle, avec ses ateliers, ses traditions, ses problèmes bien définis, correspondant aux besoins fondamentaux et permanents de la vie matérielle. Mais de cette technique ils n’ont jamais extrait que des recettes. Or, si la recette imite parfois à s’y méprendre le principe ou la loi, un abîme l’en sépare, que l’homo faber ne saurait franchir de lui-même.— Les Grecs eux-mêmes, si merveilleusement doués et placés au confluent de plusieurs civilisations puissantes, n’en ont pas moins mis trois ou quatre siècles pour s’assimiler les résultats d’une élaboration technique millénaire et avant de s’aviser d'en faire la théorie. Et à travers quelles difficultés et quels tâtonnements! Longtemps la mécanique rationnelle demeura indigente. Au 1v° siècle après Jésus-Christ, Pappus, bon géomètre pourtant, n’étail pas encore en mesure de donner une théorie correcte du plan incliné! Cependant les Grecs ont vraiment, nous le verrons, découvert la science. Est-ce à la technique qu'ils l'ont

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