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CONCLUSION DU CHAPITRE

il est bien permis de penser que l'esprit critique était peut-être en lui moins développé que l’espritscientifique. Or, si ce dernier est nécessaire aux découvertes, le premier seul obtient du moi le désintéressement indispensable à l'acceptation des vérités même désagréables. C’est l’union de ces deux esprits qui a fait la supériorité de Lavoisier et non pas, comme le dit naïvement Cuvier, son « œil d’aigle ». C’est cette union seule qui extirpe décidément de notre pensée, engagée dans la recherche de la vérité, tout résidu de la mentalité mystique.

Nous ne pousserons pas plus loin notre analyse des fausses sciences, bien que l’occullisme moderne soit riche en indications qui confirmeraient singulièrement, croyons-nous, notre point de vue. Nous avons préféré nous borner aux formes de l'explication qui paraissaient se rapprocher le plus de la science et pouvaient donner l'illusion qu’elles n’en étaient que des ébauches assez grossières, mais sous lesquelles il n’était pas impossible de découvrir, comme préformé, le visage de la connaissance positive. Résumons en quelques mots les premières conclusions auxquelles nous sommes parvenu.

Expliquer a été avant tout pour l’homme le moyen de mettre fin au malaise sui generis que l’insolite lui causait. La conscience humaine, comme violentée par une réalité qui l’écrasait, mais dont elle percevait l’énormité, dont elle « pensait » l’horreur, s’est protégée en faisant sortir de son émotion même un monde imaginaire. Tel fut son premier contact vraiment fécond avee l’univers. Mais elle courait Le risque de demeurer empri-

sonnée dans la fable à laquelle elle devait son salut. Le mythe se développa, se compliqua à l'infini : de luimême, il ne pouvait changer de nature. A partir de ses êtres-causes primordiaux, l'imagination de l’homme a multiplié les causes, elle n’en à plus créé de nouvelles. La nature occulte dont elle doublait la nature visible devint une inépuisable ons emanationis, et toutes les explications ne furent plus que des expédients par lesquels des effets divers étaient en dernière analyse rattachés à une cause unique. La causalité mystique contenait ainsi virtuellement la solution de tous les problèmes. Mais c’est dire qu’il n’y a plus à proprement parler de problèmes. L’homme ne s'étonne plus, ne doute plus : il s’avance avec sécurité à travers son monde invisible; il y aadapté ses émotions et ses désirs ; ses espérances y trouvent un aliment indéfini. Son intelligence ne s'était éveillée que sous l’aiguillon de l'inquiétude. À présent, il n’y a plus d’inconnu et elle est retombée dans son repos. Elle ourdit tranquillement sa trame dont le premier point lui a été donné : le travail ‘n’est pas difficile, il n’y à qu'à reproduire indéfiniment le motif initial, avec quelques variantes. Les merveilles ‘réelles de la nature la laissent indifférente. Elle a son merveilleux, elle y vit, elle s’y meut, il est à sa discrétion. Comment s'étonnerait-elle désormais de quoi que ce fût?

Dès lors, l'impossibilité du passage spontané et comme inévitable de l'explication mystique à l'explication scientifique est manifeste. L'une ne se dégage pas nécessairement de l’autre. Au stade primitif, l'explication se réduit à une application, la science n’est qu’une technique. Magie, astrologie, médecine, alchimie s'inspirent de la même « énergétique » mystique : elles se rap-

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