‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 117 sur 194 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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Pourquoi ils distinguent, nous le savons déjà‘. La conscience humaïne ne saurait pas plus se dispenser d'affirmer que l’être vivant de respirer. Or, affirmer, c’est distinguer. Tout jugement implique exclusion, exclusion du passé et du futur — le nunc — exclusion du reste de l’espace au profit du seul hic, exclusion du cela pour faire place au ceci. Qu’une chose puisse être, en même temps et sous le même rapport, ceci et cela, 1c1 et là, passée et présente, et la conscience se trouve dans l'impossibilité de rien affirmer. Une foule indéfinie de prédicats possibles pour un même sujet donné ferait échec à toute position du sujet, et par conséquent à tout jugement, à toute affirmation : la conscience ne sortirait jamais de son néant et, à proprement parler, n’existerait pas. Justement parce qu’elle est faible et menacée, la conscience primitive affirme sans cesse, et pour mieux affirmer elle distingue. Elle est dogmatique par nécessité. La nuance, l’à peu près, l'imprécis sont le propre de mentalités plus développées, à mi-chemin entre l'énergie des jugements primitifs et la fermeté des conclusions longuement méditées du savant.

Que telle est bien la manière d’être de la conscience primitive, l’ethnographie nous en donne des preuves nombreuses et diverses. La prodigieuse mémoire des sauvages est sans doute un effet du besoin vital de distinguer qu'éprouve la conscience. Afin de ne le confondre avec aucun autre, elle met sur chaque être, sur chaque objet, l'étiquette qui renferme son signalement exact: dans certaines contrées, toutes les variétés d'animaux, de plantes, de minéraux sont si soigneusement distinguées et nommées que le botaniste, le zoologiste,

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