LA LOGIQUE MORBIDE
changé ; elle n’est plus la même, tout en étant toujours Dorothée ; elle dit : « Ça n’a pas changé, mais ça à changé tout de même’ ». Bref elle constate, elle n’explique plus. Elle est plus sensible à l’incrédulité et à la réprobation de son milieu; elle s’aventure moins à le scandaliser ; elle conserve pour elle, sans chercher à lu justifier ni à la faire partager, sa conviction : elle est une « morte-vivante ». Nous faisons alors comparaître cette affirmation devant notre logique et nous la déclarons contradictoire dans les termes, absurde. Mais prenons garde que notre logique ne comporte que deux espèces d'incompatibilités : les unes abstraites ou er hypothesi — 2 et 2 font et ne peuvent faire que 4 — les autres matérielles — l’objet ou l’être A n’est pas un autre objet ou être B. Toutes les autres incompatibilités sont conçues sur le type de celles-là. Mais de quel usage celte logique mathématique et spatiale peut-elle être lorsqu'il s’agit d'états internes exceptionnels qui échappent par leur nature à l'application pure et simple du concept discursif, ou lorsque, comme le cas s’est sans doute produit pour la conscience primitive, une part énorme des faits psychiques n’ont pas encore été, soit incorporés à l'expérience sensible, soit attribués à une activité, à une expérience proprement interne ? Le groupement d'idées « morte-vivante » représente un effort désespéré pour expliquer ce qui est logiquement inexplicable : ce qui revient à forger une logique nouvelle, adéquate à des états nouveaux, mais de la réalité desquels le malade, à son dam, ne saurait douter. Pareillement, lorsque Dorothée affirme à la fois qu’elle est morte et qu’elle ne peut pas mourir, qu’elle estune immortelle ?, est-il radi-