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INDIFFÉRENCE A LA CONTRADICTION

sence de cette logique, il n’est:pas exact de dire que la confusion et l’absurdité règnent dans la conscience. On assiste à un effort impuissant, maladroit (et d'ailleurs traversé par des poussées d'origine physiologique qui, en accroissant l’angoisse, déterminent le malade à précipiter son travail, à trouver une issue immédiate) pour créer un nouvel instrument d'explication, une nouvelle logique, un moyen enfin de coordonner des états incoordonnables selon les méthodes habituelles. De ce point de vue, la folie est le terme extrême de cet effort. Incapable de recourir à l’ordre ancien, trop atteint pour faire face à son angoisse par des moyens de fortune et concilier, si imparfaitement que ce soit, l'imaginaire et le réel, le malade se confine dans un ordre qui n’a plus rien à voir avec la réalité, il a supprimé les contradictions en ne posant même pas le problème. Il n'y a plus qu’une forme sans matière. Mais cette forme est précisément une systématisation. Elle est si bien constitutive de la conscience qu’elle disparaît la dernière.

Les absurdités logiques qu’on a cru observer chez les sauvages trahissent-elles davantage une indifférence, radicale et foncière, à la contradiction ? I ne.le semble pas. Le principe d'identité régit leurs raisonnements comme il régit les nôtres. Mais nous l’appliquons à la rigueur * : issu, pour nous, de l'expérience de certaines incompatibilités matérielles, il tend à demeurer, dans tous les domaines, un principe de négation et d'exclusion ; il est aussi une règle de méthode et presque

A. Cf. P. Lapie. Revue de Méta. et de Mor:, 1940, p. 845.

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un garde-fou de l'esprit; il représente moins nos exIgences logiques que nos exigences pratiques, scientifiques et positives. Aussi éprouvons-nous une véritable stupéfaction en lisant dans les récits nombreux et concordants des voyageurs certaines déclarations de sauvages. Mais ces « primitifs » ne disent ni ne pensent qu'entre À et non-A il n’y a pas de milieu : À, pour eux, peut être À et en même temps B et D et C... Ils n'éprouvent pas le besoin de prononcer des exclusions radicales. Dans leur conscience les choses sont unies, s’évoquent l’une l’autre ; leur groupement a, en un sens, plus de réalité que leur séparation ; il permet de masser des émotions et des images et donne ainsi à la conscience le sentiment de vivre plus intensément ; il fait drame, en un mot; l’isolement abstrait, réduit, dessèche. Ce n’est d’ailleurs que sur le plan du réel visible et tangible que des séparations et des exclusions de ce genre sont possibles : ne sont-elles pas pratiquées d'avance, dans l’extériorité des parties étendues ? Les primitifs, justement parce qu’ils mêlent davantage leur âme aux choses, disposent de plusieurs plans, et ils peuvent ainsi assigner à un même sujet des attributs différents ; ils ont, si l’on peut ainsi parler, un registre logique plus étendu que le nôtre. Si l’on pouvait les contraindre à se placer sur le même plan que nous, sur le plan unique de ce qui se voit et de ce qui se touche, ils renonceraient sans doute à soutenir qu’ils sont, suivantl’exemple souvent cité, des perroquets, etils feraient un effort pour expliquer dans quel sens ils le sont, tout en étant des Bororos. « Le blé, Le cerf et le hikuli, note un voyageur ‘, sont, en un sens, une seule et même chose

4. Carl Lumholtz. Symbolism of the Huichol Indians, p. 22 (cité par Lévy-Bruhl. Fonct. ment., p. 131-132).

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