INDIFFÉRENCE A LA CONTRADICTION
pour le Huichol. » Il s’agit là évidemment d’une manière d'étre particulière. Le jugement repose sur tout un lit de croyances; la perception et l’expérience proprement dite sont ses moindres éléments ; il a ses racines dans les profondeurs de la conscience, là où les puissances ont bien plus d'importance et de poids que les existences. Le primitif juge avec tout son moi, et pour mieux dire avec tout le moi collectif. Notons d'autre part que les mots dont il se sert n’ont pas la même rigidité, la même univocité que les nôtres. La copule esf associe, accouple, relie, plus qu’elle n'identifie réellement. Comme cependant, dans l’ordre pratique, elle sert à identifier, le primitifn’en connaît pas de plus propre à exprimer aussi énergiquement qu'il le perçoit le rapport intime qui unit, selon lui, certains êtres ou objets : pareillement, le malade emploiera de préférence le vocabulaire le plus péremptoire.
Si le primitif pouvait comprendre les conclusions que l’Européen tire de ce qui n’est, au fond, qu’une «manière de parler », s’il pouvait apprécier la dose de stupidité qu’on lui attribue, nul doute qu'ilse récrierait. Un spahi sénégalais répondit à un de ses ofliciers, qui se moquait de lui parce que ses congénères adorent des pilons à cousscouss : « Il ne faut pas se moquer de nous en disant que nous adorons un arbre, un pilon à cousscouss. L'arbre, pour moi, c’est comme l’église de Dakar pour toi, et le pilon en bois comme la grande croix en bois qui est au fond de l’église. » Et les fétichistes protestent quand on leur reproche cette grossière identification : les pilons ne sont que des intermédiaires de convention, leurs dieux sont des esprits qui voient tout et qu’on ne peut voir. — Dira-t-on que ces