L. Dugas. L'Imagination, p
Sénégalais, au contact des Européens, avaient appris leur logique, assez du moins pour trouver le moyen dé rétorquer victorieusement leurs objections ? Il semble plus juste de reconnaître que la religion des Européens, différente de la leur et pourtant semblable, leur a permis de prendre conscience de la vraie nature de leurs propres croyances et de rectifier leur façon de les présenter. — Mais on trouverait chez des primitifs que l'influence européenne a à peine touchés, des amendements qui atténuent singulièrement l’apparente intransigeance de leurs jugements d'identification. Par exemple, les morts, après que l’âme a quitté le corps, continuent à vivre, mais d’une manière différente : les civilisés qui sont des croyants pensent-ils autrement? Mieux encore : il y a du plus et du moins, des degrés, dans la vie et la mort : le portrait est vivant, mais pas autant que le modèle ; les chefs dessinés ne sont pas tout à fait aussi vivants que les chefs en chair et en os : ils vivent un peu’. I n’y a rien de plus à tirer de là, sinon que la conscience primitive refuse d'accepter les exclusions radicales que prononce notre logique matérialiste. Elle vitet se meut dans l’esprit, et elle peut ainsi identifier dans une certaine mesure ce que nous distinguons.
Le totémisme est une synthèse concrète et vivante. Il n’est pas seulement une religion, ou un système de dénomination collective, ou un procédé de classification : il est tout cela à la fois et indivisiblement parce qu’il réfléchit, dans sa totalité, la conscience primitive.