Lévy-Brubl. Fonctions mentales, p
C’est au cœur de celle-ci que nous devons donc nous placer pour essayer de le comprendre. En retour, il nous aidera à discerner les ressorts profonds, et aussi les limites infranchissables, de la logique qu’elle met en œuvre et dont il est l'expression la plus complète.
Nous avons dit plus haut! qu’on ne saurait exagérer les effets de la faiblesse de la personnalité dans la conscience primitive. Elle explique son horreur du doute, sa recherche de l'affirmation immédiate et à tout prix, son habileté à éluder les problèmes ou à les noyer sous un flot de créations mythiques, son impuissance à reconnaître et à maîtriser ses propres états internes qui lui échappent, vont se loger parmi les choses et se font prendre par elle pour des réalités objectives. Mais surtout elle assure la formation, au détriment des consciences individuelles, d’une conscience collective qui va déterminer toutes leurs démarches. La carence du pouvoir central est telle, dans la plupart des sociétés inférieures, qu'il est vrai, à la lettre, que « la nation n’a qu’une âme, qu'une volonté ». Un missionnaire S’eXprime en ces termes au sujet des ba-Rotsé du Zambèze : « Cest l'annihilation des individus, la centralisation poussée à sa dernière limite, ou, autrement dit, la mort de tous au profit d’un seul* ».
Quelle est la signification de cette totale annihilation ? S'agit-il d’une lente décadence, d'une abdication des 7e individuels qui, après expérience de leur insuffisance, auraient fini par se fondre dans le nous du groupe, incarné par le chef? IL semble plutôt que les hommes aient été en mesure de s'affirmer, d’agir, de penser