‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 13 sur 194 · Platon. Leg · texte numérisé non relu

Platon. Leg

science, mais encore elle lui doit ses progrès ininterrompus à l’époque moderne. « Les plus belles applications pratiques résultent le plus souvent de la spéculation la plus théorique. Elles sont le fruit de la recherche désintéressée ‘, » L'histoire des sciences le démontre et on ne songe guère d’ailleurs à le contester. On admet également, en général, la plupart des faits que nous venons d’invoquer et il en est d’autres, dont l'analyse nous eût entraînés trop loin, qui n'auraient pas non plus, croyons-nous, soulevé d’objection : par exemple, l’extraordinaire habilelé technique de sauvages — et même de civilisés — qui seraient incapables de poursuivre un raisonnement quelque peu abstrait, ou, inversement, la maladresse de vrais savants quand ils sont aux prises avec un outil usuel ou un problème pratique.

D'où vient donc que l’on méconnaît ou que l’on néglige la différence si tranchée, voire l’opposition, qui existe entre ces deux formes d'intelligence et qu'on veut à toute force que l’une, la plus élevée, soit sortie de l’autre ? L

En premier lieu, pour le sens commun, le progrès se fait toujours en droite ligne et d’une façon continue : ce qui arrive était nécessairement contenu dans ce qui à précédé, la plante est tout entière dans la graine et en sort par voie de développement graduel. L’antique tailleur de silex est l’ancêtre lointain, mais direct, du savant moderne. Puis la théorie évolutionniste est venue donner une apparence de rigueur à ce vieux préjugé. « La

1. Abel Rey. Coup d'œil sur la mathém. éaypti R Synt PR gyptienne (Rev. Synth.

pensée scientifique issue de la pensée populaire, clôt le développement biologique continu qui commence aux manifestations de la vie les premières et les plus simples’. » L'intelligence n’a pu être qu'un instrument d'adaptation au service de l’organisme, et tout ce qu’elle deviendra par la suite, elle l’est déjà virtuellement. Les gestes de l’homo faber esquissent par avance toutes ses démarches ultérieures. — Enfin, par une curieuse inconséquence, l’anti-intellectualisme contemporain, tout en combattant le «faux évolutionnisme» de Spencer, retient sa conception de l'intelligence, sans se demander si elle ne serait pas viciée par les principes mêmes de la doctrine. L'intelligence, nous dit-on en effet, par suite de sa destination biologique, est « relative aux nécessités de l’action ». « Posez l’action, la forme même de l'intelligence s’en déduit. » Il en résulte qu'elle vise tout d’abord à fabriquer. Mais la fabrication s’exerce sur la matière et sur ce qu’il y a d'inerte et de solide dans la matière. L’objet principal de lintelligence est donc le solide inorganisé : elle ne se représente clairement que le discontinu, l’immobile, et même quand elle n’opère plus sur la matière brute, elle suit les habitudes qu’elle a contractées dans cette opération. « Si habile à manipuler l’inerte, elle étale sa maladresse dès qu'elle touche au vivant. » Elle est « caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie” ».

Sans doute nous sommes prévenus que le schéma qu'on nous présente a une raideur géométrique qu'il convient d’estomper et à laquelle il sera toujours aisé de substituer « la souplesse de la vie” ». Mais tout l’art

4. Mach. La Connaissance et l'erreur, tr. fr, p. 12. 2, Bergson. Évol, créatr., p. 165-167, 179.

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