‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 14 sur 194 · Id. Jbid., p · texte numérisé non relu

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du monde ne saurait empêcher que ce schéma ne dessine qu’un des aspects, ou plutôt une des méthodes de l'intelligence : on aura beau lui donner les formes les plus floues, on n’obtiendra jamais que la description de la méthode de fabrication, qui ne représente méme pas la totalité de la technique. Celle-ci, en effet, est l'ensemble des procédés au moyen desquels l’homme cherche à résoudre les problèmes pratiques. Or, l’invention mécanique correspond à une catégorie seulement de ces problèmes — à ceux dont la nature est telle que la solution ne peut en être obtenue qu’à l’aide d’un intermédiaire matériel. Mais lorsque le chasseur préhistorique du Turkestan, au lieu de se borner à tuer à coups de flèches le bœuf ou la chèvre sauvages, s’est avisé de capturer leurs petits, de les nourrir, de les élever, de les accoupler une fois grands, de les parquer, de les traire, son intelligence opérait-elle encore « sur la matière brute » ? Non, sans doute. Elle ne s’en sentait pas moins tout à fait à son aise, puisque les kjoekkenmoeddings danois, qui semblent antérieurs au néolithique, — on n’y découvre pas la hache polie — renferment en grandes quantités des fossiles de plantes cultivées et d’animaux domestiques. (C’est donc que la technique de la culture et de l'élevage avait atteint de bonne heure un très haut développement : toutes les espèces que nous connaissons de nos jours en Europe ligurent en eflet dans ces vestiges, et elles difftrent déjà considérablement de leurs ancêtres sauvages‘, « Les habitants des villages lacustres, dit Lubbock, cultivaient trois variétés de froment, deux espèces

d'orge et deux espèces de millet? ». — 1] y à plus : non

1. Th. Veblen. The Instinct of workmanship, 1918, p. 63 et suiv. 2. Lubbock. L'homme préhistorique.

seulement l’homme a eu, dès les époques les plus reculées, le sens, et il faut même dire l'intelligence de la vie, mais encore cette intelligence de la vie semble avoir distancé de bonne heure l'intelligence mécanique. En effet, tandis que les arts mécaniques restent relativement grossiers, même lorsque des inventions nouvelles sont importées du dehors, la technique des espèces vivantes est remarquablement perfectionnée : le Danois de l’époque des kjoekkenmoeddings était un fin cultivateur et un éleveur habile, mais un artisan médiocre. — L’ethnographie confirme entièrement les enseignements de la préhistoire. La Polynésie et l’Indonésie révèlent la même discordance entre les deux techniques, la même avance des arts de l'élevage et de la culture. Leurs croyances et leurs mythes trahissent d’ailleurs un sens profond de la vie et un intérêt passionné pour tout ce qui est vivant. Il en est de même dans l’Inde. Inversement « l’appréciation mécanique, positive, des phénomènes externes et matériels paraît être à un degré tout particulier difficile, inadéquate, incompatible avec le génie de la race »‘. Loin de ne pas comprendre la vie, on pourrait presque soutenir que l'intelligence primitive a eu besoin, pour comprendre les choses, de leur donner la vie.

Dira-t-on que ce sens de la vie n’est que ce qui subsiste dans l’âme humaine de la « nébulosité vague » aux dépens de laquelle s’est formé le noyau lumineux que nous appelons intelligence et qu’il faut parler d’instinct ou d'intuition ? Mais c’est là une hypothèse dont nous pouvons peut-être faire l’économie. Mieux vaut reconnaître que la fabrication des outils artificiels n'a pas

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