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CHAPITRE VI

La conscience individuelle la plus élémentaire qu’on puisse imaginer possède nécessairement un embryon de personnalité : elle existe d’une certaine manière pour soi; elle se suffit, en un sens, à elle-même. L’égocentrisme de l’enfant n’est qu’une sorte de défense instinetive, grâce à laquelle l'appareil psychique se constitue et se fortifie : il est du même ordre que l'énergie qu'il déploie dans l’accomplissement des fonctions d’où dépend son développement organique, et que la vigueur des affirmations dansla conscience primitive. Immédiates et catégoriques, celles-ci ne laissent place à aucune hésitation, comme si, de la vigueur de l’assentiment, dépendait la solidité de la conscience elle-même.

Ce n’est pas là, toutefois, l’unique artifice auquel le moi primitif a recours pour assurer son équilibre semblable à un architecte qui craindrait de ne pouvoir donner une stabilité suffisante à ses constructions s’il les rassemblait en un seul édifice à étages superposés, il bâtit des masures séparées : il sacrifie l’unité à la

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sécurité. Mais de ce point de vueil semble que l’artifice par excellence, celui qui devait résoudre le plus complètement et le plus durablement le problème de la stabilité mentale, ait été la société elle-même. Celle-ci est née d’un besoin qui ne doit pas être confondu avec la « sympathie » et quise traduit par l’ennui, quand lindividu est isolé, et par une sorte de parasitisme mental, quand il vit au milieu de ses semblables. Nous l’appellerons le besoin psychique des autres. Les animaux, même supérieurs, ne le connaissent pas et c’est pourquoi ils n’ont rien créé qui ressemble vraiment aux sociétés humaines.

Plus la conscience se rapproche du type primitif, et ” plus s’avère sa dépendance à l'égard des autres. Le cas extrême nous est fourni par l’hystérique, qui ne subit. pas seulement l’ascendant du médecin, maiss’y soumet avec complaisance, va au-devant de sa volonté, s’ingénie à la deviner et à y obéir. Elle est même capable de faire un effort, pourvu qu’elle n’ait plus le choix de la direction, qu’elle ne soit plus au gouvernail. Elle va jusqu’à simuler, dans la crainte qu’elle pourrait décourager son médecin‘, diminuer l'intérêt qu'il lui porte — quelle que soit d’ailleurs la nature de cet intérêt, elle n’en a cure, l'essentiel est qu’il soit présent, qu'il ne la quitte pas. C’est là sans aucun doute une espèce d'amour, etinversement l’amour, même sous ses formes supérieures, n’est pas autre chose, souvent, que la joie de renoncer à soi-même, d’abdiquer entre les mains d’un autre, fût-il inférieur et vil, parfois de s’en remettre à lui, tout simplement, corps et âme. IL y a dans la

4. Pierre Janet. Médic. psych., &. I, p. 231 et suiv. et passim. — C£. Bergson. De la simulalion inconsciente dans l’état d'hypnotisme, in Revue philosophique 1886.

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