PERMÉABILITÉ DES CONSCIENCES
joie d'aimer comme un soulagement : il semble que ce soit fini de cette sorte de haine sourde que l’on se porte à soi-même, parce que l'on se sent limité, gêné, contraint à une lutte incessante, toujours déçu et inquiet. On dirait que l'individu, dans le tête à tête avec sa propre conscience que lui impose la solitude, couve une névrose dont l’amour le délivre, ou encore qu’il aime pour s’en délivrer, découvrant d’instincet le remède à son mal naissant. Bien des amours sont nés de l’ennui, et inversement le renoncement à soi-même dans l’amour a souvent des effets toniques. Au plus bas degré de l'abdication amoureuse, chez le sujet hypnotisé ou l’hystérique à l’état second, qui est précisément l’état « amoureux », on observe une forte amélioration des fonctions mentales et du caractère et, en un mot, un relèvement de la tension psychologique’. Chassé de lui-même par la complexité des tâches qu’il doit assumer et plus encore peut-être par l'impossibilité de faire un sort aux produits accumulés de son incessante rumination affective, le sujet se réfugie, à la lettre, dans les autres.
La société sauve l'individu de lui-même : elle le tonifie et l’exalte. Elle est pour lui une possibilité permanente d’abdications, mais sans elle, il n’abdiquerait pas moins, et ceserait pour tomber au-dessous de lui-même. Au milieu de ses semblables, il fait son plein d'énergie, sous forme d'émotions et de désirs qu’il leur emprunte. Souvent il est attiré par l’un d’eux, personnalité forte et dominatrice à laquelle il se soumet sans réserve. Mais plus souvent encore il ne choisit pas, toute conscience lui est secourable, car il attend sans cesse quelque chose des autres. Et c’est cette « attente » qui fait