Pierre Janct. Médications psychologiques, t. IIL, p
l'efficacité, la puissance, la portée de la contagion mentale; c’est elle qui donne une âme au groupe et qui y asservit les individus; elle crée la « conscience collective ». En effet l’état d'attente est l’état constant de la conscience primitive. Elle doit, nous l'avons vu, sans cesse affirmer, juger : l’afflux incessant des impressions sensibles, des réminiscences et des « idées » l'oblige à des attributions et à des classements qui ne souffrent aucun retard : on songe à ces mendiants qu’on contraignait autrefois à pomper l’eau d’un puits : s’arrêtaientils? ils couraient le risque d’être submergés. Aussi, dès qu’une affirmation est prononcée devant elle, elle l’accueille avec empressement, elle la fait sienne : bien mieux, elle l’attendait, elle la guettait, et c’est pourquoi, au sein d’un groupe et surtout d'une foule, l'unanimité des jugements s’établit si rapidement. — Mais elle s'établit bien plus rapidement encore si ces jugements ne sont pas affectivement neutres (et, en fait, ils ne le sont jamais, surtout dans la conscience primitive); s’ils libèrent une émotion ou satisfont un désir. La conscience espère toujours l'événement nouveau qui, enlui apportant des sensations intenses, viendront la confirmer joyeusementdans son être”. La Zibido humaine découvre dans l'imagination les moyens de durer : les mobiles images, en effet, répondent docilement à son appel et allument des foyers factices, substituts de ceux qui se sont momentanément éteints dans l'organisme : ils assurent la continuité du plaisir et le portent à son apogée. L’espérance ou l’attente de l'excitation hédonique régit sourdement et impérieusement toute la conduite de la conscience. Elle s’engage avec une impétuo-