PERMÉABILITÉ DES CONSCIENCES
sité particulière dans les voies que lui ouvrent les autres consciences, lorsque c’est de plaisir qu'il s’agit. Car c’est du plaisir que l’homme attend, à toute minute, de tout ce qu’il voit, de tout ce qu'il va faire, du journal qu’il déplie, de la lettre qu’il reçoit, de l'inconnu à qui il va être présenté. Plus ce plaisir sera d'accès immédiat et facile, de contours bien définis, plus aisément il sera désiré, recherché, plus prompte etcomplète sera l’imitation des actes qui ont permis à d’autres de se le procurer et dont on a été le témoin. Un bonheur paisible, fruit de longs et patients efforts, n’est guère un objet d'envie et d'imitation : il est trop complexe, trop mêlé de raison, trop éloigné des satisfactions qui sont à portée de la main. « Le bonheur, a-t-on dit, est une aptitude’. » Mieux encore : c’est un chef-d'œuvre de vie, qui suppose une sorte de génie et une longue patience. Aussi ne cherche-t-on pas à limiter, si l’on éprouve en le découvrant chez Les autres la secrète irritation que toute grandeur inspire à la médiocrité impuissante. :
Plus contagieuse encore que le désir est l'émotion. Elle s'empare brusquement de la conscience surprise. La peur, la colère ou la haine ont une résonance instantanée dans l’âme de ceux qui sont témoins de leurs manifestations. Les civilisés sont parvenus à atténuer cette extrème réceptivité et à constituer toute une série de gaines protectrices : l'émotion n’a la voie libre, n’a licence de posséder l’âme tout entière, que lorsque les causes en ont été identifiées et appréciées. Sans doute il arrive souvent qu’elle force le barrage, mais dans bien des cas aussi elle est éliminée et contenue par un