‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 137 sur 194 · Etienne Rey. De l'Amour · texte numérisé non relu

Etienne Rey. De l'Amour

jugement, et l'individu peut traverser impunément de véritables brasiers émotionnels. Or, il n’en va pas du tout de même chez les primitifs : on sait à quel point chez eux l'émotion est vive et rayonnante en l’absence de tout réducteur intellectuel ; les ondes passionnelles se propagent sans entraves, elles atteignent directement le « nerf » récepteur, et l’unisson des âmes en contact, dans l’angoisse ou la joie, est presque immédiat. Peut-être ne-soupçonnons-nous encore que très imparfaitement à quel point l’interpénétration des consciences, surtout au stade primitif, peut être profonde. C’est que des siècles d’individualisme nous ont fortement calés dans un for intérieur aux limites bien définies : il nous semble que notre corps forme la frontière infranchissable de ce réduit, que nos pensées, nos sentiments y demeurent inviolablement enclos, à moins que nous ne leur donnions nous-mêmes congé. Mais certains phénomènes, mieux connus, rendent de plus en plus plausible l'hypothèse d'ondes psychiques susceptibles de se propager sans le consentement du moi et d'être captées dans certaines conditions par des consciences privilégiées. Nous résistons à cette idée, car nous n’admettons volontiers l’existence que de ce que nous voyons, et ce que nous voyons, dans l’ordre des faits de conscience, se réduit à la surface éclairée par l’introspection : or rien n’est plus grossier, factice et sommaire que l’image qu’elle prétend nous donner de notre vie psychique. Au fond nous nous sommes emprisonnés dans une muraille de Chine dont le tracé coïncide, à peu de choses près, avec la portée de nos organes sensoriels. Notre bon sens, notre intellectualisme satisfait ignore la vraie nature de l’énergie spirituelle et pourrait recevoir des leçons de ces spirites et de ces mystiques qu’il est

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