LA CONSCIENCE DE FOULE Ï
plit instantanément et jusqu'aux bords de l’émotion du moment. Tous les grands mouvements collectifs ont été marqués par des flux et reflux monstrueux et irrésistibles. Lies fameux revivals sont parfois suivis d’une religion pire que celle qui existait auparavant. De même les grandes marées d’idéalisme, moral ou esthétique, déterminent presque toujours un recul d'égale amplitude. Souvent aussi les émotions qui dominent dans le mouvement de réaction sont antagonistes ou complémentaires de celles qui donnèrent sa coloration affective à la crise initiale : ainsi, en Amérique, les grandes paniques économiques de 1857 furent très vite suivies de réveils religieux‘. L'action des masses est une action Massive.
Dès lors la spécificité psychique que lon est tenté d'attribuer à la conscience de foule est bien près de s’évanouir. Dira-t-on que la foule se comporte autrement que les individus isolés, et que l'individu au sein d’une foule n’est plus le même homme*? Mais d'abord comment établit-on ces différences de conduite et surtout comment les interprète-t-on? On commence par attribuer à la conscience individuelle des caractères déterminés : l'individu associe les idées d’une certaine manière; entre ses idées et ses sentiments règne un équilibre relatif; enfin il est « persuadé par la logique rationnelle de l’idée ». La foule associe les idées tout autrement, l’équilibre est rompu au profit des sentiments et elle ne connaît que la logique affective. — Remarquons qu'il n’en résulterait nullement que la foule fût le siège de phénomènes sui generis, ni encore moins qu’elle fût en mesure de créer quoi que ce fût : on