LE CONFLIT DES INTELLIGENCES
aussi étroite que possible, et comme organique, du moins les diverses tribus, plus ou moins étrangères les unes aux autres, ont pu, lorsqu'elles sont entrées en contact, « chercher à expliquer leur pensée et à convaincre leurs adversaires‘ » et par suite ressentir le « besoin de pensées universellement valables ». — Mais d’abord elles n’ont dû le ressentir qu'au point de vue pratique, et il leur a été facile de le satisfaire en recourant au langage par gestes, qui est, dans Les sociétés inférieures, d’un usage courant. Il est clair qu'il faut s'entendre, qu’un bœuf doit être désigné par un signe et un mouton par un autre. Mais cette nécessité ne crée pas plus le besoin de pensées universellement valables que l’abstraction, la généralisation, l'application constante des principes logiques et mécaniques n’ont conduit l’homo faber à l’idée consciente et réfléchie de la nécessité rationnelle. Nous en revenons toujours au problème des rapports de l’intelligence pratique et de l'intelligence réfléchie : faute d’apercevoir le fossé profond qui les sépare, on s’interdit de découvrir tout ce qu'il à fallu pour que l’homme pût passer de l’une à l’autre.
Ce besoin de s’entendre n’est pas davantage ressenti lorsque se rencontrent des groupes d’une mentalité radicalement différente : ainsi les primitifs ne cherchent nullement à s’entendre avec les Blancs, ils ne sont pas un instant ébranlés par leurs observations; imperméables à l’expérience, à notre expérience scientifique, insensibles aux exigences de notre logique, comment pourraient-ils prêter l’oreille à des remarques que cette expérience et cette logique ont inspirées? Mais de leur