E. Goblot. Op. cit., p
côté, s'ils perçoivent le désaccord, ils ne cherchent pas à le faire cesser en persuadant les Blancs. Chacun a son domaine et y reste ; chacun a ses pouvoirs, Sa magie ; la magie des Blancs est plus grande, mais surtout elle est autre : il n’y a rien à faire à cela. Comment, du sentiment de cette différence, pourraient naître l’idée et le désir de tenter un accord? Il s’en faut d’ailleurs que dans nos sociétés modernes ce besoin d’entente universelle soit si vivement ressenti et si répandu. Il ne s’agit pas, naturellement, du besoin d'entente pratique, qui est aussi ancien que le troc, mais du besoin d’entente logique, qui suppose qu’on accorde aux idées une valeur supérieure, qu'on croit à l'existence d’une vérité universelle et qu’on la met au-dessus de tout. Or, c’est Jà un idéal dont notre monde civilisé est fort éloigné. D'abord, ses valeurs préférées sont, et de plus en plus, les valeurs matérielles. Ensuite, même dans le domaine des idées et de la conduite (que régissent d’ailleurs, souterrainement, des intérêts pratiques), chaque peuple à plus ou moins sa mentalité, sa manière de voir, sa vérité ; chaque peuple forme un système clos, et a, à certains égards, son univers, comme le groupe primitif. Ces différences se manifestent même quand les savants seuls entrent en contact : souvent le besoin de faire valoir une sorte de vérité nationale est plus fort que celui d’aboutir à une entente universelle, à la communion de tous les esprits en une seule vérité. Les chimistes allemands ne voulaient pas de la chimie de Lavoisier, parce qu’elle était française. La vérité gêne les particularismes individuels et nationaux : on lui substitue subrepticement des vérités, qui se modèlent au jour le jour sur
4. H. Kopp. Geschichle der Chemie, 1845,1, p. 341. Cité par E. Meyerson. Op. cit., II, p. 404.