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CHAPITRE VII

Comment l’homme en est-il venu, malgré des obstacles qui semblaient infranchissables, à éprouver le besoin de la vérité et de la science ? Comment a-t-il réussi à remplacer son système d'explications mystiques par la connaissance positive de l'Univers? Tout montre quele « redressement » de l'explication ne s’est pas fait de luimême, en vertu d’un progrès continu, et qu’une véritable conversion de l'esprit humain a été nécessaire. Mais il s’agit de donner à cette « conversion » un sens positif et de la faire sortir du domaine des pures hypothèses. La tâche est malaisée. Nous nous y essaierons cependant,

À mesure que nous avancions dans notre travail, au cours des chapitres précédents, il nous est apparu que le rapport se faisait de plus en plus étroit entre les formes inférieures de l'explication et les formes inférieures de la personnalité, si bien que le problème de l’évolution de la pensée pourrait presque se ramener, en dernière analyse, au problème des rapports histo-

riques entre ces deux termes : explication et personnalité. C’est la faiblesse du pouvoir central dans la conscience primitive qui rend possible et qui éternise, par l'accord immuable des esprits, le règne de la pensée mystique. Par suite, le passage aux formes supérieures de pensée n’aurait-il pas sa condition essentielle dans le renforcement de ce pouvoir central, dans l’amélioration et la transformation du régime de la personnalité ? L'histoire, consultée directement, ne peut nous être que d’un faible secours. Mais la psychologie ne saurait être interrogée en vain. Certains processus mentaux décèlent, chez l'individu, la relation qui unit l’explication à la personnalité. En les étudiant, peut-être seronsnous mieux en mesure d'imaginer le rôle qu’elle a pu jouer dans les obscures métamorphoses de l’humanité. Que se passe-t-il, par exemple, lorsque, après avoir abondamment déraisonné sous l'influence d’une vielente passion, nous revenons à mous et prenons soudain conscience, non sans confusion, des sophismes que nous avons énoncés avec force comme des vérités ? Sans doute, le vertige n’a été que momentané et même il n'est pas sûr qu'une résistance secrète, en contenant notre folie dans certaines limites, n’en a pas préparé et hâté la fin. Mais interrogeons-nous : il nous semble que nous sortons d’une véritable griserie, qui nous aurait chassés de nous-mêmes ; la passion, installée ‘en maîtresse, évinçait le moi réfléchi, guide et pondérateur, détruisait d’un seul coup les fragiles échafaudages de sa sagesse impuissante et libérait tous ces éléments turbulents qu’il ne parvientà contenir qu’à grand'peine. Épisode passager, souvent sans lendemain, de la lutte éternelle de l'imaginaire et du réel dont notre conscience est le théâtre. Mais épisode significatif : le coup de

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