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INTÉGRITÉ DU MOI ET FONCTION DU RÉEL

folie de la passion met à nu le mécanisme de notre équilibre interne, car le même effort par lequel le moi se ressaisit, lui assure la maîtrise de ses idées et la vision exacte des choses. Possession de soi et contact permanent avec le réel se confondent dans l'unité de l'acte personnel. Le retour à l’état normal et supérieur de la personnalité est marqué par la fin des sophismes de justification et le redressement de l'explication.

De même, dans certaines maladies mentales, l’affaiblissement du pouvoir interne s'accompagne d’une éclipse de la fonction du réel. Mais cette éclipse est liée à un trouble profond de toute l'économie nerveuse : aussi est-elle plus durable, elle reçoit même un commencement d'organisation, et le retour à l’état normal est plus lent. Néanmoins, cette fois encore, il apparaît que l'amélioration du régime de la personnalité s'acconrpagne d'une amélioration dans le régime de l'explication. Rien ne serait plus instructif que l'étude attentive des « ascensions du miveau mental » : elles « nous posent un problème comme les abaissements »'.0r,on observe que la plupart des causes qui déterminent Les «instants clairs » sont des « excitants » ; pendant un moment le malade retrouve son assurance, redevient capable de s’affirmer énergiquement. Certains se trouvent bien des efforts, soit physiques, soit intellectuels, qui leur sont imposés. D’autres récupèrent leurs forces nerveuses dans l'isolement et le calme. Parfois, c'est le corps qui avait besoin de repos : la faiblesse et la dépression physiques entraînent souvent une dépression morale plus ou moins profonde, qui altère

4. Pierre Janet. Les Obsessions et la Psychasthénie, t. I, les ascen- | sions du niveau mental (p. 524-543). — Cf. Médications Psychologiques,

t.Il et ILL, et Médecine psychologique, passim.

le jugement, crée un état d’incertitude et de doute. Or, avec l’afflux des forces physiques revient la confiance en soi; les jugements sont possibles, depuis l’assentiment pur et simple inclus dans la perception jusqu’au refus même de juger, qui est la forme la plus haute de l'affirmation et le signe de la vraie force intérieure. Les affirmations précipitées et immédiates trahissent, en effet, une énergie parcimonieuse, qui ne saurait suffire à la fois à l'effort d’affirmer et à celui de différer l’aflirmation. Ainsi, ce que l'observateur découvre d’abord au centre de l’état mental amélioré, c’est une sorte de redressement du moi, la facilité et la netteté des jugements, des actes d’attention, des actes volontaires, bref, la reconstitution des freins : l’émotivité s’atténue, le doute cesse. En même temps et parce que le sujet s’affirme, le réel se précise et s'impose : il se sépare radicalement du moi, il est vu à distance et tel qu’ilest. Le monde extérieur ne se déforme plus au gré des caprices de l'imagination. D’elles-mêmes tombent les liaisons d'idées, les explications, auxquelles le malade ne tenait si fort que parce qu’elles lui fournissaient des succédanés de cette affirmation énergique qu’il recherchait vainement et qui seule pouvait lui permettre de triompher de ses doutes et de son angoisse : comme le passionné de tout à l’heure, il sourit de ses idées saugrenues et a peine à croire qu'il a pu les formuler. Son « persécuteur » n’est plus qu'un homme comme les autres, voire un brave homme, pour qui il se prend maintenant d'affection‘. Le langage est de nouveau correctement employé. Comprendre un mot, utiliser convenablement un vocable, c'est une opération ‘où la

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