‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 16 sur 194 · Bergson. Évol. créat., p · texte numérisé non relu

Bergson. Évol. créat., p

2, Id. Jbid., p. 172-173.

La technique matérielle eût-elle progressé d’une façon si lente et si capricieuse, si la connaissance formelle et réfléchie avait été vraiment inhérente à l'intelligence pratique ? Pourquoi les rapports logiques qui unissent les inventions les plus voisines sont-ils demeurés inaperçus pendant des milliers d'années? Puisque les formes sont constituées, pourquoi n’ont-elles pas été remplies tour à tour par le nombre indéfini de choses qu’elles sont susceptibles de recevoir? Ces objections suffiraient, si l’on n’était pas dominé par l’idée que l'intelligence pratique et l'intelligence réfléchie ne diffèrent qu’en degré et que le passage de l’une à l’autre ne soulève pas de difficulté : c’est affaire de temps ; ce qui est obscur devient clair, ce qui est implicite, explicite. Mais on ne voit pas que toute la question, précisément, est là. L'illusion tenace de la continuité masque le problème même de l’évolution. Nous n’en aurons raison que si nous montrons qu’elle repose à son tour sur une conception fausse de la conscience elle-même.

Nous avons une tendance, en eflet, à ne voir dans la conscience qu’un élément secondaire, un épiphénomène, qui ne change rien, au fond, qu’il soit présent ou absent, à la nature des phénomènes psychologiques : ceux-ci se déroulent selon leur loi ; un peu plus ou un peu moins d'éclairement ne les modifie guère. « Tant qu’on ne s'attache qu’à la conscience, on ferme les yeux sur ce qui est, au point de vue psychologique, la différence capitale entre l'intelligence et l’instinct !. » La conscience

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