LA PERSONNALITÉ DE L'ENFANT
la soumission du primitif à son milieu est absolue, parce qu’elle n’est pas sentie : il est contraint, mais ne perçoit pas la contrainte et par conséquent ne songe pas plus à secouer le joug dans ses pensées et dans ses sentiments que dans ses actes. À un certain degré, l'autorité ne fait que des esclaves inconscients de leur servitude.
L'esprit critique et la curiosité intellectuelle font leur apparition chez l'enfant lorsque sa personnalité prend des contours plus nets. Ses innombrables questions ne signifientnullement, nous l'avons noté’, que cet esprit et cette curiosité sont éveillés. Son active imagination ne cesse d'élaborer des constructions, pour lesquelles il Iui faut des matériaux : il les prend de toutes mains, et l'interrogation des grandes personnes n’est qu'un moyen, parmi tant d’autres, d'enrichir sans peine sa collection. D'autre part, questionner, pour lui, est une manière de jeu mental : il met en action des mécanismes dont il a découvert récemment le système ; mécanisme du langage, instrument merveilleux qui double sa possession des choses et, en outre, lui permet d'exercer une sorte de contrainte sur son entourage, sans compter que le petit bavard acquiert peu à peu une virtuosité dont il s’enchante ; — mécanisme logique, à un âge plus avancé : l’enfant fait jouer les catégories pour le plaisir; disputeur infatigable et insupportable ?, il abuse du syllogisme. Peu à peu cependant l'enfant cesse d'attendre des autres le mot d'ordre de sa conduite et les matériaux dont s’alimente son imagination. Il se recueille, et, avec les éléments qu’il a déjà rassemblés, il essaye de se suffire. En même temps que sa petite personne se