J. Sully. Studies on Childhood, liv. IT, chap. nr
dresse, toute seule, contre les autres, ses jugements, dont il se sent maintenant le sujet et le maître, acquièrent une sorte d'indépendance outrancière : « raisonneur » dans le sens péjoratif que les éducateurs ont donné à ce mot, il prend volontiers le contre-pied de ce qu’on lui dit. L'énergie de cette affirmation de soi n’est pas encore tranquille et sûre, comme elle le sera plus tard. Elle est agressive et frise parfois l’impertinence. Un petit garçon demande à sa mère, qui lui faisait une longue semonce où elle ne manquait pas de faire intervenir Dieu en personne : « Maman, est-ce que Dieu sait quand tu vas t'arrêter ‘? » Un autre répond à sa sœur aînée, qui lui avait dit que Dieu était partout à la fois : « J’en suis bien fâché, ma chère, mais je ne peux pas le croire”. » — À mesure que le caractère s’affermit, l’esprit « critique » se développe. Les explications des parents sont passées au crible, en même temps que sont discutés leurs ordres, interdictions ou prescriptions. C’est surtout dans le domaine religieux que ce scepticisme se manifeste. Les dogmes sont présentés à l’enfant comme des choses extérieures, au même titre que les règles de bienséance ou de morale : seulement, si on ne peut enfreindre ces règles sans dommage, le catéchisme et l’histoire sainte s'imposent d’une manière moins directement coercitive, et l'enfant profite de cette liberté relative. On dit à un petit garçon que Dieu est invisible et présent : « T’imagines-tu, objecte-t-il, que Dieu peut nous voir à travers un ciel si épais et si noir * »? Ce gros bon sens, cet esprit positif semblent