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PREMIÈRES FORMES DE L'AFFIRMATION PERSONNELLE

correspondre avant tout au besoin de contredire pour s'affirmer : ils révèlent moins une personnalité forte qu’un moi encore vacillant en quête de points d'appui. Il n’en est pas moins vrai que c’est bien cet individualisme agressif qui permet à l'enfant de sortir de son subjectivisme foncier : la formation, à l’intérieur de sa conscience, d’une constante qui est sa personnalité, l'incline à voir dans les phénomènes du dehors les éléments . coordonnés et stables d’un tout. Ajoutons que ce qu’il dit n’est pas nécessairement ce qu’il pense. Il se moque tout haut, quand il fait jour, du loup-garou, mais il en a néanmoins très peur. Il y a une grande part de bravade dans son scepticisme : il sent qu'on exerce sur lui, par ce moyen, une pression, il s’insurge, il veut s'affranchir, mais la peur est plus forte. Au demeurant, ses questions ne sont souvent que des ballons d’essai : il tâte Le terrain, pour savoir jusqu’à quel point il pourra être impunément désagréable. Son esprit ne sera tout à fait libéré que lorsque la lutte s’achèvera par une paix sans victoire : sa personnalité sera alors suffisamment maïtresse d'elle-même pour renoncer aux attitudes combatives et négatives. L'enfant accepte tout à la fois la personne des adultes et leur monde extérieur ; il prend dans son entourage la règle de sa conduite et, parmi les choses, l’ordre de ses pensées. L’objectivité, cette fois encore, a été obtenue aux dépens du subjectivisme, mais grâce à un vigoureux renforcement du sujet.

Les sociétés inférieures nous permettent d'étudier la relation de l'explication à la personnalité non plus chez l'individu mais dans le groupe : par suite elles nous

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rapprochent de notre objet. Si nous y trouvons des preuves que les modifications dans le régime des exphieations sont liées à des transformations parallèles dans le régime de la personnalité, nous pourrons en tirer d'utiles indications pour l'évolution de l'humanité en général. Mais le problème est complexe : les sociétés inférieures actuelles ne sont nullement les premières sociétés humaines qui se seraient conservées, presque intactes, à travers les âges. D’autre part nous y assistons parfois à une dégradation des anciennes formes de pensée qui ne s'accompagne pas d'une amélioration correspondante de la personnalité. À supposer même que les participations mystiques finissent par être moins vivement senties', cela ne signifie pas l'avènement d’une conception objective, positive de l’univers. Une religion dégradée se substitue le plus souvent à la reli-, gion des ancêtres, elle est faite de superstitions incohérentes et disparates, mais non moins antiscientifiques que celles qu’elles ont supplantées. Au demeurant, dans les sociétés modernes elles-mêmes, la décomposition des traditions religieuses a été souvent accompagnée d’une recrudescence de bas mysticisme : il n’y a pas là progrès, mais recul. Le contact des primitifs avec la civilisation des Blancs a pour eflet d'accélérer cette décomposition — mais la servitude sociale et mentale des individus reste la même. Des hommes étranges et puissants se sont installés dans le pays, l'ont transformé et organisé : les indigènes ne cherchent pas à comprendre, leurs institutions s’effritent, l’outillage européen a remplacé le leur, toutes leurs babitudes sont bouleversées ; ils subissent ces changements qu’ils n’ont

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