L'INDIVIDUALISME DU DÉSIR
physique et même sentimental du mariage soit entière ment négligé. On ne peut penser sérieusement qu’il soit indifférent à l’individu, même sauvage, que son épouse soit laide et vieille, ou jeune et agréable. On ne peut non plus penser qu’il n’éprouvera jamais à aucun degré un sentiment de préférence personnelle. Il est donc vraisemblable que c’est surtout quand il se marie, ou plutôt quand on le marie, que l'individu est susceptible de se sentir contraint et forcé, d’autant plus qu'il n’a même pas toujours une compensation : son mariage est bien une affaire, l’occasion d’un transfert de biens, mais ce n’est pas à son profit’.
Or, le désir contrarié ne laisse pas d’avoir à la longue une action dissolvante sur le système des croyances d’où proviennent les résistances qu’il rencontre. On finit par se préoccuper un peu moins des invisibles et par apercevoir plus nettement latyrannie, le dolet la violence des humains. Toutefois, tant que l’homme n’en prend pas conscience, cette secrète révolte est bien peu efficace. Se traduisit-elle en actes, que ces actes n’équivaudraient pas au renoncement à des croyances qu’ils nient en fait, car un tel renoncement ne signifierait rien Inoins qu’une nouvelle naissance spirituelle. Le fidèle qui frappe son dieu du poing, parce que ce dieu est resté sourd à ses prières, ne cesse pas pour autant de croire en lui.
Il n’en est pas moins vrai que quelque chose de nouveau s’élabore lentement : combattus, opprimés dans leurs désirs par le groupe, les individus continuent à les nourrir en secret et cherchent le moyen de les satis— faire sans encourir la colère des dieux et s’exposer à la rigueur de la coutume. De même que les résistances