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LA SCIENCE ÉGYPTIENNE

la mathématique, d'où aurait pu naître la science, se réduit à des techniques du calcul et de la mesure. Mais la Grèce est en pleine effervescence intellectuelle : la géométrie s’est libérée de l’arpentage, la philosophie, des cosmogonies, le principe de la science est posé. L'étude des philosophies orientales nous conduirait au problème de l’explication métaphysique, que les limites de cet ouvrage nous ont obligé à laisser provisoirement de côlé. D’autre part il est malaisé et il pourrait être dangereux de condenser ce vaste et complexe ensemble en quelques formules. Nous ne croyons pourtant pas trop nous avancer en disant que la métaphysique de l'Orient représente bien le plus complet épanouissement des formes mystiques et mythiques de l'explication : c’est une fabulation non pas raisonnable, mais raisonnée et systématique, c'est moins une conception qu’une reconstruction du monde. L’homme se substitue au démiurge. L'Univers se réfléchit, agrandi, multiplié à l'infini, stylisé et magnifié, dans une imagination qui s’enchante de ses artifices et croit y avoir trouvé le moyen de s'évader des étroites limites de la condition humaine. Car c’est là la secrète et profonde inspiration de toute cette pensée : elle cherche la certitude, le repos, la paix intérieure, non la vérité. Et lorsque des individualités turbulentes ébranleront les fondements religieux etéthiques de la société, laspéculation métaphysique se portera sur le point menacé et mettra au premier plan le problème du salut. Mais aucune science ne sortira de cette morale : la méditation nouvelle sur l'Univers ne visera qu’à dénoncer la grande Illusion de l'existence sensible, afin d’édifier sur les ruines de l’apparence le temple intérieur où l’être et le non-être se confondent, La pensée égyptienne présente un tableau bien diffé-

rent. La part faite à la vie religieuse, les Égyptiens sont des marchands pratiques et avisés : ils poussèrent très loin la technique du calcul et la dépouillèrent de iout élément mystique. Pourtant, si positive qu’elle fût, elle ne les mena point à la science abstraite, elle demeura, indéfiniment, une technique à peine perfectionnée, Jamais le nombre ne se sépara des objets nombrés. Jamais il ne devint « par lui-même un objet de représentation et pris expressément pour base d’un système de démonstrations régulières ‘ ». Aussi, lorsque les Grecs rendent hommage à la mathématique égyptienne, ou que, à la suite d’'Hérodote, ils font remonter leur géométrie aux Égyptiens, nous devons nous garder de prendre à la lettre ces déclarations : d’ailleursils ne prônaient pas moins la médecine égyptienne, pourtant médiocre’. Toute civilisation éprouve le besoin de s’attribuer des ancêtres intellectuels. D'autre part l’habileté des « tendeurs de corde » était vraiment remarquable et Démocrite les admirait fort. Enfin la mathématique égyptienne offrait un des ensembles de connaissances les plus imposants qui existassent alors. Aristote l'attribue à la forte organisation d’un groupement sacerdotal qui avait desloisirs et qui les employait à des travaux intellectuels en quelque sorte désintéressés*. Mais cette circonstance si favorablen'apourtant pas suffi à créer une science des nombres. C’est que les ‘eonditions indispensables à une telle création faisaient défaut. Platon, plus clairvoyant qu Aristote, les définit dans le passage que nous avons cité plus haut‘. Or, son

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