‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 173 sur 194 · À. Rey. Op. cit · texte numérisé non relu

À. Rey. Op. cit

Ainsi les deux plus anciennes lignes d'évolution témoignent historiquement de leur impuissance à se dépasser elles-mêmes. Est-ce de leur convergence dans l'esprit grec qu’a jailli la pensée scientifique? Les cosmogonies ioniennes ont-elles emprunté à la technique des Égyptiens sa positivité tandis qu’elles lui cédaient, en échange, leur universalité ? Nous avouons que cette chimie spirituelle nous paraît peu intelligible et nous préférons partir d’une autre formule, plus vague en apparence, plus profonde en réalité : L'esprit de la science grecque sera philosophique : c’est là son plus formidable ressort‘. Il reste à rechercher comment nous devons l'entendre.

Platon s’est élevé contre le flux héraclitéen, qui engendre le scepticisme, parce que les choses humaines ne sont que trop soumises au devenir. Mais de ce devenir lui-même, il eut à merveille le sentiment. Le problème des transformations de l'esprit humain, de ses débuts, de ses erreurs, de ses triomphes, domine tous ses dialogues. Il se penche avec une véritable émotion religieuse sur ce progrès laborieux. Par rapport à la science et à l’ignorance, les hommes sont comme des captifs « enchaînés depuis l’enfance » : ils ne peuvent ni changer de place, ni tourner la tête : ils prennent pour des choses réelles les ombres qui sont tout ce qu’ils peuvent en voir. Puis, si on présente à leur vue les choses elles-mêmes, ils refuseront d’y croire et n’attribueront de réalité qu'aux mobiles silhouettes qu'ils ont accoutumé d’avoir sous les yeux?. La « conversion » de ces esprits asservis semble d’une difficulté infinie. D'où vient cette résistance de l’homme à la vérité? Pour

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