Théététe, 151 b. — Cf. 144 a, le portrait de Théétête
‘Voilà ce qu’il faut rechercher avec un profond sérieux. Car il y va de son salut’. Voilà ce qu'il faut rechercher par soi-même, sans hâte ni découragement, sans solliciter ni fuir l'approbation de la communauté. Cette attitude du sage est aussi l'attitude de celui qui sait. En cherchant le bien, Socrate découvre le concept, instrument du vrai. Les règles de la méthode pour bien vivre déterminent les conditions du savoir. Le redressement de l’explication a ainsi sa source dans une révolution morale : la vérité est l'apanage des hommes libres.
Les contemporains ne s’y sont pas trompés, et Aristophane ne faisait qu'exprimer leur sentiment quand il reprochait à Socrate de s'élever contre l’autorité traditionmelle, tout comme les sophistes. Seulement, tandis que les sophistes ne cherchent qu’à exploiter les tendances individualistes et à flatter les passions, Socrate voudrait Les faire servir à l'émancipation même de la raison et de la conscience et, somme toute, au bien de la cité. Mais, le cas échéant, il n’hésite pas à se révolter. Quand le Sénat* exige la mise à mort des généraux des îles Arginuses, coupables de manquement à l’égard des croyances communes, il tient tête, seul, à la collectivité furieuse et refuse de mettre aux voix la proposition. Il élève sa conscience au-dessus des croyances, sa raison au-dessus des opinions. Des unes'et des autres il discerne le caractère illogique et routinier : il comprend d’où elles viennent et les juge. Ni la passion ni. l’orgueil ne le poussent : il est désintéressé. C’est une grande force, la plus grande de toutes. I est désintéressé, mais non indifférent. Il voudraït pour l'humanité plus de raison et de sagesse. Il s'oppose au « torrent »,.