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DE L'OUTIL AU CONCEPT

c’est-à-dire désintéressé* ». Mais cette indépendance ne va pas très loin. Moins adhérent que l'outil instinctif, il l’est encore dans une large mesure : il demeure rivé aux problèmes auxquels il apporte une solution et aux besoins qui sous-tendent ces problèmes. Par quel miracle, par exemple, le primitif se serait-il avisé de réfléchir sur le levier dont il fait usage, autrement que pour l'améliorer, en accroître le rendement, l'appliquer à des tâches plus difficiles? Toute la théorie mécanique est impliquée dans ces perfectionnements successifs. Mais encore une fois le primitif ne l’en dégage pas, il n’est même pas capable de déduire pratiquement du principe du levier quelques-unes des conséquences qu’il comporte. Toute sa mécanique est dans sa main, qui éprouve des résistances, qui exerce des pressions : pendant qu’elle calcule, l'outil se fait. Et elle ne calcule que sous l’aiguillon d’un besoin déterminé. Le concept de levier se réduit à la représentation d’objets différents, mais ayant tous la même propriété, qui est de soulever des corps très lourds : à vrai dire, c’est même moins une représentation qu'un acte. Le primitif ne pense vraiment le levier que lorsqu'ilest en train de l’appliquer aux tâches pour lesquelles il est fait. La pensée réfléchie commence au moment où s'opère, au moins idéalement, la séparation de l'outil et de l'acte : l'outil devient alors une idée, il cesse d’être isolé et opaque ; à travers lui, apparaît tout un monde de relations logiques, dont la découverte progressive va être désormais le but de l’intelligence. Mais on ne voit pas qu’il s’est produit ici une véritable révolution. On estime que ce passage du levier en acte au levier idéal est, comme on l’a dit et comme,

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