Descartes. Trailé des Passions
ni à l’animal, ni à l'enfant. Mais elle est sans grande portée : lanimal flaire et retourne l’objet insolite, quitte à le fuir s’il s’y trouve quelque menace ; l’enfant s'étonne de tout, parce que tout est nouveau pour lui, et dès qu’il peut parler, il pose une foule de questions. Cependant on aurait tort de s’imaginer que ces questions correspondent à de véritables problèmes : toute réponse lui est bonne et il lui arrive même de ne pas J’attendre ou de ne pas l'écouter ‘. Tout autre a dû être l’étonnement des premiers hommes en face des spectacles dramatiques de la nature. Ils ne pouvaient les laisser impassibles. Mais la stupeur épouvantée où ils les plongeaient d’abord s’est peu à peu atténuée ettransformée. L'animal ne s’accoutume jamais au formidable scénario de l’orage : il retrouve chaque fois les mêmes terreurs. L’homme, de même, est ému et troublé, quoi qu’il fasse. Mais le phénomène subsiste dans son esprit sous forme de souvenir. Tous les orages dont il a déjà été témoin forment une représentation stable et relativement définie, qui offre une prise à la réflexion. L’élément intellectuel de l'étonnement occupe le centre de la conscience et rejette sur les bords la terreur. Au lieu d’une stérile agitation motrice et d’une fuite éperdue des représentations, des « pensées » vont pouvoir naître. L'Insolite, en effet, est, cette fois, d'une nature particulière; il ne satisfait plus aux conditions ordinaires de l’expérience. Bien mieux, tout recours à l'expérience serait vain, et il n'est même pas tenté. Impossible de remonter jusqu’à un élément familier et qui le ferait rentrer dans l’ordre des choses connues. Surtout l’homme doit renoncer à monter un mécanisme qui lui