PLAN
moyens de ressusciter dans une certaine mesure le « primitif intellectuel »,
Telle sera, du moins, notre hypothèse de travail. La « conscience primitive » n’a pas entièrement disparu : elle survit dans le sauvage, elle fait, chez l'enfant, l’intérim de la raison, elle prend la direction des affaires chez le malade dépossédé; elle est en chacun de nous, guettant, pour réapparaître, le moment propice ; elleest partout sous le masque même du bon sens et de la science. Nous supposerons que nous avons réussi à la dégager et nous nous demanderons quelle a été — étant donné ses exigences fondamentales, ses besoins réels — son attitude en face des phénomènes qui échappent aux prises de l’action, comment sont nées, en d’autres termes, les premières explications {chapitre mn), Puis l'explication se développe, s’élargit, jette sur la réalité un réseau de plus en plus ténu de liaisons arbitraires, construit le monde, lui assigne de pseudo-lois, s’érige en science : mais, en dépit des apparences, elle ne change pas de nature et elle reste fidèle à ses origines alors même qu’elle prétend les renier (chapitres 1n-v). Pourtant le redressement de l'explication finit par s’effectuer, en dépit d'obstacles qui semblent insurmontables : le principal vient de la manière « collective » de penser qui est propre à la conscience primitive (chapitre vi) et l'explication ne s’achemine vers ses formes supérieures, que lorsque la personnalité se dégage, s'affirme et triomphe (chapitres vi et vin). Cette dernière partie de l’ouvrage est, en un sens, la contre-épreuve des deux précédentes : elle en est aussi le couronnement et le but. Car nous ne nous sommes attardé à l’étude de l’erreur que pour mieux déterminer les conditions de la vérité.