‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 28 sur 194 · LA CONSCIENCE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE PRIMITIVE

indifférentes à leur objet. Les images sont si vives qu’ellesemportent d'emblée l'assentiment : elles se lient entre elles avec une telle force et une telle soudaineté qu'il n’y a aucune fissure par où le doute pourrait pénérer. Un prédicat quelconque pourra toujours être attribué à un sujet, s’il a été perçu en même temps que lui ou si, en vertu d’une certaine analogie, il l’évoque, le rend présent à l'esprit. Le raisonnement causal suit les lignes de force créées par les images. La nécessité des liaisons se réduit peut-être, à l’origine, à cette soudure des représentations qui n’est pas forcément ni uniquement leffet de l'habitude ‘. Par suite, l'affirmation, en général, ne tiendra compte des exigences de lobjet que dans la plus petite mesure possible. L'essentiel n’est pas — sauf dans la pratique — que le jugement coïncide avec les choses, mais qu’il soit prononcé. La conscience se préoccupe d'affirmer, et non de ce qu'elle affirme.

Le jugement ne serait donc primitivement que l’acte par lequel la conscience s'affirme à l’occasion des choses et prend sur elles son point d'appui, mais seulement en vue de sa propre solidité, Tout notre moi s'engage à fond dans la décision à prendre au sujet de la perception présente. Il s’abîme, en quelque manière, dans un vertige d’assentiment, d’où il sort satisfait, quoique dans l'erreur et parfois le sachant. Mais que lui fait l'erreur ? Qu'est-ce que l'erreur pour lui? En affirmant, il s’est affirmé : il ne poursuivait pas d'autre but.

On voit par là à quelle profondeur est situé en nous le besoin de certitude : c’est moins un besoin qu’une

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