‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 29 sur 194 · Voir plus bas, ch. 1v, p · texte numérisé non relu

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sorté d'instinct, l'instinct de conservation de la conscience qui veut être et persévérer dans son être et qui répugne aux aventures de la pensée. A cet instinct elle obéit aveuglément dès ses premières démarches, elle continue à lui obéir longtemps après avoir mis la vérité au-dessus de la certitude. Tel qui croit s’être entièrement consacré à la science ne poursuit en réalité qu’une systémalisation où il trouve son repos, et l’atavique horreur du doute ressuscite intacte lorsque des faits nouveaux viennent menacer l'édifice : il les nie ou les ignore. Les chimistes contemporains de Lavoisier combattaient moins la nouvelle doctrine qu'ils ne défendaient jalousement la leur‘. La vérité leur était moins amie que la certitude. Malebranche a dépeint ces savants quin’ont « guère d'amour ni de respect pour la vérité? ». Ils lui préfèrent leur vérité.

La certitude correspond à une tendance primitive, la vérité à une tendance secondaire, dérivée, tardive, et, par conséquent, selon une loi que nous avons déjà invoquée, fragile et prompte à disparaître. On peut compléter cette loi : non seulement les tendances récentes et supérieures sont plus instables, mais encore il arrive qu’elles servent de paravent aux tendances anciennes et fondamentales qui réussissent à s’imposer à la faveur du prestige qu’elles leur empruntent. La recherche de la certitude prend ainsi le manteau de la poursuite désintéressée de la vérité, à moins qu’elle ne jette le masque et ne se prétende supérieure : c'est ce qui se produit à certaines époques de sentimentalisme: et de relâchement intellectuel, La vérité ne s’obtient

1. Emile Meyerson. De l'Explication dans les sciences, 1920, t. II, Appendice II.

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