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V. G. Dumas. Traité de Psychologie, t. I, p

LES ÉMOTIONS gif

il y a, pour les civilisés que nous sommes, quelque chose de prévu. Nous nous attendons même à l'inattendu. Un fait nouveau n’est qu’un fait ancien et connu auquel on finira par le ramener. La pointe de l’étonnement est émoussée pour la plupart d'entre nous, et il n'y a plus guère de découvertes qui ne soient de simples déductions de principes établis. Les grands inventeurs, comme les poètes, sont ceux qui ont retrouvé, avec la naïveté originelle, la faculté de s’étonner.

Or, la conscience primitive ignorait très probablement ce système de casiers ou de cloisons. Elle n'était pas compartimentée. Elle était une, et elle agissait et réagissait comme un tout. L’excitation venue du dehors ne frappait pas telle touche déterminée à l'exclusion de toutes les autres : elle mettait en branle tout le clavier qui répondait par un orage de sons. Chacun de nous a d’ailleurs connu ces moments où le savant et sage édifice est renversé par la bourrasque venue du tréfonds intérieur et où il ne reste plus rien des cloisons qui séparaient artificiellement idées, passions, désirs, résolutions : l’âme apparaît à nu, dans sa vérité, qui est un désordre apparent, en réalité un élan tumultueux vers plus d’être, plus d'intensité de vie. Pendant un instant, nous vibrons tout entiers comme une harpe, nous revenons à l’unité et à la spontanéité originelles.

Le sauvage actuel n’est certainement pas un pur primitif. Mais du moins peut-on affirmer que ses émotions sont beaucoup moins « intellectualisées » que les nôtres. Elles nous rapprochent par conséquent des émotions primitives. — L’émotivité est en général si vive dans les sociétés inférieures que, par plusieurs de ses caractères, elle s'apparente nettement à l’émotivité morbide. Au reste, le sauvage est un grand nerveux. Il est extra-

ordinairement suggestible et fort sujet aux maladies mentales. « On dit que si les Samoyèdes sont assis le soir à l’intérieur de leurs tentes de peaux et que quelqu'un s'étant approché en rampant vienne à frapper la tente de sa main, la moitié des gens réunis tombe dans des états cataleptiques *. » La suggestibilité, signe et mesure de l'instabilité mentale, atteint parfois un degré surprenant. Un simple regard fixe livre le Malais au pouvoir de l'opérateur ?. Il arrive que l'individu se suggestionne lui-même. Le fait a été observé dans un grand nombre de villages en Chine’. — Mais nulle part cette instabilité n’a des effets plus singuliers que dans les iles du Pacifique. Les Polynésiens, doués d’une prodigieuse résistance physique, deviennent plus faibles que des enfants lorsqu'ils sont en proie à la peur de l’invisible, S'ils croient avoir violé quelque tabou, ou s'ils ont appris qu'un sorcier leur veut du mal, une mortelle mélancolie s'empare d’eux et ils se couchent pour ne plus se relever. Il y a plus : la faiblesse physique qu’entraîne une légère indisposition ouvre la porte à la crainte, au scrupule, au remords. Les esprits n’auraientils pas été offensés? Le « moral » est atteint, leur «conscience » les tue. D'ailleurs ils passent sans transition d’une dépression profonde à une exaltation extrême, qui les pousse, sans raison, aux actes les plus . violents, au meurtre, au suicide. Telle est ce qu'on à appelé « l’hystérie des îles du Sud ». On imagine sans peine qu’elle est éminemment contagieuse *. Transpor-

- Ross. Social Psychology, p.13.

«Id. 1bid., p.13, - Id. Jbid., p. 14.

. Goldie. Maori

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