‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 41 sur 194 · E. R. Jaensch. Op. cit., Bd. 88, p · texte numérisé non relu

E. R. Jaensch. Op. cit., Bd. 88, p

cation a une tendance à se développer complètement et à prendre un caractère hallucinatoire. Mais alors, comme pour parer à ce danger, le sujet se met au centre de l’image : il est à la maison, tout en étant à la campagne. Double affirmation qui équivaut, si l’on peut dire, à une négation, car le sujet qui est ic: exclut, en lant que réel, le sujet qui est /à-bas, et le pensé est reconnu comme pensé.

Mais les images qui hantaient la conscience primitive, multiples et de provenances diverses, plus ou moins détachées de l’action, posaient un problème plus complexe : il n’eût pas suffi et il n’eût d’ailleurs pas été possible au sujet de se transporter en elles pour les attribuer à coup sûr à un moment de sa vie passée et les distinguer de la réalité. Il semble que, dans l’occurrence, la conscience primitive ait fait la part du feu. Afin d'échapper au risque d’être envahie et submergée par ses images, elle les a projetées au dehors, elle les a logées parmi les choses. Mais elle n'a pu réussir cette opération capitale qu’en vertu de la tendance du moi primitif à se mettre tout entier dans tout ce qu’il fait et ressent, et plus encore peut-être dans ce qu'il imagine. L'image qu’il forme l’entraîne après elle et l’absorbe : il tend à se fondre en elle‘, Mais il la nourrit ainsi de sa substance et lui donne les moyens de subsister sans lui, hors de lui. Il la perd comme sienne; le rapport intime qui la rattache à elle lui échappe ; elle lui devient exlérieure, étrangère ; il s’est dépouillé à son profit. Mais il y a gagné d’être délivré d'elle. À ce prix, il a pu faire régner dans ses représentations l’ordre et la clarté, générateurs de certitude. Il n’a pas éliminé l'imaginaire,

A. Sich hineinversenken, dit très bien Jaensch.

comme fera plus tard la science, il l’a organisé. Ses images se rangent en cercle autour de lui, transformées en apparences qu'il ne reconnaît plus et qu'il croit réelles.

On le voit, l'essentiel était de débarrasser l’esprit de ces représentations ambiguës qui oscillent entre le moi et le non-moi. Mais le non-moi de la conscience primiüve n'est nullement l'exclusion de toute subjectivité. Rien ne semble avoir été plus lent que la constitution de l'objet. La tendance la plus profonde et la plus ancienne de la conscience humaine est de nier et de. recréer à sa manière le monde extérieur, dès qu’elle n’en à plus besoin. Et elle se substituerait aux choses dans une plus large mesure encore, si elle n’était pas contenue par les résistances que celles-ci lui opposent et par les rappels à l’ordre qu’elle reçoit, sous la forme de sévères déconvenues, lorsqu'elle n'en tient pas compte. Le sujet eidétique redresse, dans l'image, l'objet qui, dans la réalité, est déformé ou placé de travers, 1l ordonne symétriquement un groupement dissymétrique de bâtonnets, ou, s’il est mathématicien, il les assemble en triangle‘. Il tend ainsi à couler ses représentations dans des moules fabriqués d'avance et qui sont ses notions définies, ses certitudes, ses habitudes. Le réel est contraint d'y entrer. Le monde extérieur, qui nous paraît si défini dans ses contours, Si ferme et comme immuable, semble par suite avoir été à l’origine et être encore dans une grande mesure chez les enfants et les adolescents « plastique, flexible (otegsam) et dans la dépendance des fonctions mentales”». Si forte est cette inclination del’homme à modeler

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