Voir plus bas, chapitre v, p
comme elle l’est chez tous les non-civilisés. Les Indonésiens ne sont pas maîtres de leurs impulsions. Ils ne commandent pas, ils obéissent. « Le Canaque se sent agi et toute sa langue le prouve par l’emploi constant de la forme passive pour désigner ce qui, chez nous, est actif. » [l ne dira pas : J'ai énvie de cet objet, mais : Cet objet me tire’. Certaines langües primitives n’ont pas le pronom je. Pourtant, de cette carence du pouvoir personnel, ne résulte pas à proprement parler l'anarchie, mais une multitude de formations parasites, dont la conscience est le plus souvent la dupe et la victime : elle leur doit aussi, il est vrai, dans bien des cas, le salut et Le repos.
Considérons d’abord les images de rêve. Elles ne sont appréhendées par la conscience claire qu’au réveil. C’est donc sous forme de souvenirs qu’elle les saisit. Les sauvages croient que ce qu’ils ont vu en rêve est réel. Mais cela ne signifie nullement qu’ils mettent exactement sur le même plan les images de rêve et les perceptions : ils distinguent fort bien les unes des autres. Toutefois, ils ne les distinguent pas comme nous. Seules, pour nous, les perceptions sont réelles, toutes les autres images relèvent de la mémoire et de l’imagination. Notre intransigeante logique n’admet pas de moyen terme. Les sauvages n’ont aucune peine à attribuer aux images de rêve une certaine réalité. Elles apparaissent brusquement au réveil : la scène défile à nouveau, comme lorsqu'on se rappelle, mais l'évocation est si vive, qu’il n’est pas douteux pour le sujet que l'événement ait eu lieu. Reste à expliquer comment il a pu avoir lieu pendant le sommeil. Mais ce point est secondaire. Rien n'est plus facile