‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 44 sur 194 · Maurice Leenhardt. Le Catéchumène canaque, p · texte numérisé non relu

Maurice Leenhardt. Le Catéchumène canaque, p

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que d'interpréter quand on est certain. Rien n’est plus facile du moins à une conscience qui est entièrement livrée à ses impressions et à son imagination, qui nest pas obligée de lutter contre des interprétations que, tout au fond d’elle-même, elle récuse, mais qu’elle n'ose pas combattre ouvertement. On a appris que les images de rêve sont dues à cerlains arrangements spontanés des cellules cérébrales pendantle sommeil : ilest bien difficile, dès lors, de prendre ces images au sérieux. Pourtant, combien de « civilisés » ne se résignent pas, surtout lorsqu'elles sont chargées de sens et d'émotion, à n’y voir qu'une simple fantasmagorie ? Si le sauvage a vu, en rêve, sa cabane en flammes, comment ne seraitce pour lui qu’une vaine image? Il ne sait rien du jeu de ses cellules cérébrales. Il a retrouvé sa cabane intacte. Va-t-il pour autant traiter de billevesées le drame de la nuit? Il n'y a pas de billevesées pour le sauvage. La cabane n’a pas brûlé, elle ne brûle pas, mais elle brûlera. Et il n’a de repos qu’il ne la voie effectivement brüler. Le rêve n’est qu'une anticipation. Le présage est infaillible. Ce n’est pas une menace, c’est une réalité, quoique non encore réalisée. Mais comme le malheur n’est pas encore là et que, au demeurant, l’espérance est bien aussi forte dans le cœur de l’homme que la certitude née de la crainte, on s’arrange pour empêcher le malheur en le réalisant en partie, et, par exemple, on subit tout au moins le commencement du supplice qu’on s’est vu infliger en rêve‘, on se soigne comme si l’on avait été réellement mordu par un serpent”, ou on organise toute une mise en scène, on se fait brûler en

1. Relations de la Nouvelle France, 1661-4662, p. 46-48. — Lévy-Bruhi, F.M., p. 54.

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