‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 46 sur 194 · Les Dakotas. V. Dorsey, op. cil., p · texte numérisé non relu

Les Dakotas. V. Dorsey, op. cil., p

2. Sieroszewski. Du Chamanisme d'après les croyances des Yakoutes (Rev. d'hist. des religions, 4902, p. 215-224).

3. Relation du P. Lejeune (1639), p. 446 (Lévy-Bruhl, F. M., p. 87).

pas là une transposition originale et inattendue de la théorie des degrés de la tension mentale? Parcillement, il semble légitime de supposer que les éclipses de la conscience ont été traduites d’une certaine manière dans cette originale psychologie. L’âme quitte le corps pendant le sommeil et vagabonde à travers le monde. Elle revient le plus souvent, mais elle peut ne pas revenir. Elle court des dangers. La syncope, par exemple, trahit l'incapacité momentanée où se trouve l'âme, par suite de quelque accident, de regagner le corps". Des peuples plus subtils ont inventé l’âme extérieure ou âme-de-la-forêt”. Tout individu a la sienne, et sa vie dépend d'elle, de ses mésaventures possibles. Gette âme vagabonde n’exprimerait-elle pas la liberté de limagination, qui va, vient, parcourt des espaces immenses : ces voyages « par la pensée » ont, pour le primitif, une sorte de réalité, car illes vit trop intensément pour ne voir en eux que des fantaisies ou des réminiscences. L'âme erre à travers le monde, mais il arrive qu’elle se fixe. Le plus souvent c’est en quelque animal dans un coin de la grande forêt. Expression de ce dédoublement qui semble inévitable, si l’on songe au faible pouvoir unificateur de la conscience primitive : il lui est difficile d'être à la fois ici et loin d'ici. L'enfant à qui on dit de « penser » à sa maison n’y parvient qu’à la condition de s’y transporter mentalement, et d'oublier pour un moment l'endroit où il se trouve réellement. Le primitif a imaginé une âme errante qui est son âme et n’est pas son âme, qui est la même et une autre, et qui s’inearne en une bête de la forêt. C’est sa façon de donner un contenu, une couleur, un relief à sa « pensée »;

4. À. B. Ellis. The ewe-speaking peoples, p. 15-21. 2. Mary Kingsley. Travels in West-Africa, p. 459-460.

c’est ainsi qu'il la retient et la définit. Et toute sa mythologie pourrait bien être, en dernière analyse, le système de défenses qu'il a imaginé, avant la science positive, pour avoir raison de l'imaginaire.

Nous sommes maintenant mieux en mesure d'apercevoir comment la conscience primitive s’est comportée lorsqu'elle a dû subir l'épreuve du problème, comment elle l’a posé, à l’aide de quels expédients elle l’a résolu.

Le réel, nous venons de le voir, n’est nullement pour elle ce qu’il est pour nous. Il est fait d'éléments subjectifs, d’ « idées », autant et plus que de choses. I1 est taillé pour la plus grande partie dans ces états internes dont la conscience ne peut venir à bout qu’en les extériorisant. Par un renversement inattendu, notre monde serait plutôt celui de l’Aomo faber, et l'action pratique en aurait fourni le patron, tandis que le monde du primitif se rapprocherait de celui du rêveur et du poète. Plus exactement, la pensée et l’action chez lui ne sont pas unifiées. L'action ne contrôle pas la pensée : ce sont deux domaines entièrement distincts, deux plans séparés. Le primitif n’est pas imperméable à Pexpérience dans le plan de l’expérience, il l'est lorsqu'il se place dans le plan de la « pensée ». Un même objet — arbre, rocher, étang — aura donc pour lui deux aspects, ou plutôt il développera deux espèces d'images : les unes, définies, précises, esquisses d'actions pratiques dont les contours sont déterminés par cela même à quoi elles s’appliquent, la fin à atteindre, les moyens à employer — les autres, indépendantes de l’action et même, jusqu’à un certain point, de l’objet perçu : évoquées après la perception, sous forme de réminiscences

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